‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 73 sur 250 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Notre gouvernement a proclamé le principe de non-in- (( tervention. Quel est donc l'objet des délibérations dont « on parle? N'est-ce pas déjà un oubli, une violation du <( principe consacré qu'un concert à établir sur les bases « posées par le gouvernement anglais?» A ces mots, un mouvement se fait dans l'assemblée. L'orateur poursuit d'une voix déplus en plus émue. 11 compare le droit qu'on voudrait s'arroger d'imposer à la Belgique affranchie le joug d'une volonté étrangère, au droit exécrable qui, en divers pays, a couvert l'Europe de proscrits et dressé des echafauds à Turin, à Madrid et à Naples. Il combat en passant les prétentions de la Belgique sur le duché de Luxembourg, mais il demande que, dans les limites de la justice, la souveraineté du peuple belge soit inviolablement respectée. Et puis, l'Europe doit compter sur la modération de la France. « Supposez, en effet, Messieurs, « ajoutel'orateur, qu'à la place du roi sage qui nous gou- « verne, la révolution du 30 juillet eût enfanté unerépu- « blique, ou porté au pouvoir un prince, un soldat « heureux, plus jaloux de grandeur pour lui-même que « de bonheur pour la France, qui eût empêché un chef « téméraire de république ou de monarchie, le jour où <( le tocsin de la guerre a sonné dans la Belgique, de s'y « précipiter à la tête de troupes proclamant la liberté « du genre humain, de jeter d'autres détachements sur <c les provinces du Rhin, qui ont été des départements « français, d'exciter ou plutôt de seconder le mouvement « des peuples contre leur13 souverains actuels, en leur pro- « mettant des constitutions libres? Sans doute, c'eût été a livrerlaFrancea.de terribles hasards ! mais enfin la a fortune couronne souvent l'audace-, et qui sait, si à

I ii HISTOIRE DE l>l\ ans.

« l'heure OÙ je parle, la France, poussée par un chef en- « treprenant dans la voie des conquêtes, et ressaisissant « un territoire à sa portée, quieùl été empressé de se réu- « nir à elle, ne serait pas déjà en état, avec son nom et ses « millions de gardes nationales, de braver les vains efforts « de l'Europe derrière son triple rempart du Rhin, des « Alpes el des i'\ rénées ? »

L'assemblée était haletante, mais quand l'orateur prononça ces mots : « si une guerre défensive était néces- « saire. toute notre jeunesse studieuse aurait bientôt « quitté les livres pour le mousquet, et s'empresserait de « payer sa dette à la patrie. » — Oui ! oui! cria-t-on des tribunes publiques; les applaudissements retentissaient avec violence : la France guerrière s'était un moment réveillée.

Le caractère modéré de M. Bi gnon, son âge,, les emplois élevés qu'il avait occupés, sa position la veille encore officielle, son expérience des hommes et des affaires, tout contribuait à rendre imposant le viril enthousiasme de son discours. Les éloges obligés qu'il donnait au monarque n'étaient pas de nature à atténuer la portée des souvenirs de gloire réchauffés par sa parole. La France eut une heure de tressaillement, et pour la dernière fois l'Europe ressentit un grand trouble.

Trois jours avant ces débats, le congrès belge s'était rassemblé. Jamais situation ne fut plus solennelle. Ces députés, réunis pour résoudre les plus graves questions qui puissent agiter le cœur des hommes, comment se sépareraient-ils? Peut-être au bruit d'une révolution 5 peutêtre au milieu de quelque vaste embrasement du monde! Car il suffisait du voisinage de la France pour assurera la

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