CHAPITRE Y
Pendant que la Belgique proclamait son indépendance, la Conférence de Londres, dans son protocole du 20 décembre, déclarait le royaume des Pays-Bas dissous. Le protocole, signé par M. de Talleyrand. comme par les autres plénipotentiaires, se terminait par des mots où perçait une défiance injurieuse pour le peuple français : « La Conférence s'occupera de discuter et de concerter « les nouveaux arrangements les plus propres à combiner « l'indépendance future de la Belgique avec les stipula- « tions des traités, avec les intérêts et la sécurité des « autres Puissances, et avec l'équilibre européen. »
M. Falk protesta au nom du roi des Pays-Bas, qui ajouta une protestation personnelle à celle de son ambassadeur : « Le roi des Pays-Bas, disait Guillaume, a appris « avec une douleur profonde la détermination prise à u l'égard de la Belgique par MM. les plénipotentiaires « d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse
ce et de Bussie, réunis en conférence à Londres Si le
« traité de Paris de 1814 mit la Belgique à la disposition « des hauts alliés, ceux-ci, du moment où ils eurent fixé « le sort des provinces belges, renoncèrent, d'après la loi « des nations, à la faculté de revenir sur leur ouvrage, et « la dissolution des liens formés entre la Hollande et la « Belgique sous la souveraineté de la maison de Nassau ce se trouva exclue de leurs attributions. L'accroissement ce de territoire assigné aux provinces unies fut d'ailleurs ce acquis à titre onéreux, moyennant le sacrifice de pince sieurs de leurs colonies, la dépense exigée pour fortice fier divers endroits des provinces méridionales du ce royaume, et autres charges pécuniaires. La Confé- « rence se réunit, il est vrai, sur le désir du roi. mais
I iS HISTOIRE DE DIX ANS.
« cette circonstance n'attribuait poinl à la Conférence le « droit de donner à ses protocoles une direction opposée « à l'objet pour lequel son assistance ;i\;iit été demandée, « et au lieu de coopérer au rétablissement de l'ordre dans « les Pays-Bas, de les faire tendre au démembrement du « royaume. »
Au point de vue des traités de 1 S 1 .% et de la Sainte- Alliance, qu'y avait-il à répondre à cette protestation de Guillaume? Il était donc prouvé, à la face du monde, que les Puissances signataires au traité de Vienne manquaient à leurs propres principes, foulaient aux pieds leur œuvre propre, au gré des intérêts du moment, et n'aspiraient. en mettant en avant tous ces grands mots d'équilibre européen et de paix générale, qu'à exercer sur l'Europe une sorte de haut brigandage!
Tout défavorable qu'il était à Guillaume, le protocole du 20 décembre n'en fut pas mieux accueilli à Bruxelles, parce qu'il y était dit : « Ces arrangements ne peuvent « affecter en rien les droits que le roi des Pays-Bas et la « Confédération germanique exercent sur le grand duché « de Luxembourg. » En enlevant à la Belgique la province du Luxembourg, qui se considérait comme belge, avait toujours été réputée partie intégrante des provinces méridionales des Pays-Bas, et n'avait été créée grand duché en 1815 que par suite d'un échange lictif, la Conférence réduisait la Belgique à un état d'impuissance absolue. Le Comité diplomatique dut se résigner à ui e acceptation conditionnelle. Vaine déférence! Les diplomates de Londres répondirent par une note où il était dit : « Les Puissances ne sauraient reconnaître à aucun État « un droit qu'elles se refusent à elles-mêmes (le droit