CHAPITRE VI
I.a Cour des pairs constituée en cour de justice. — Essai d'omnipotence judiciaire.
— Les ministres sont amenés à Paris ; attitude calme du peuple ; précautions injurieuses. — Mort de Benjamin Constant; ses funérailles; son extrême misère dans les derniers jours de sa vie ; son portrait. — Interrogatoire des ex-ministres devant la Cour des pairs; leur attitude; dispositions formidables. — Scène émouvante jouée par M. de Sémonville. — Réquisitoire. — Discours touchant de M. de Marlignac. — M. de Peyronnet devant ses juges. — Triomphe oratoire de M. Sauzet.
— Indignation dans le peuple. —Audience du 20 décembre; le Luxembourg assiégé par la multitude, émoi à la Chambre des députés. — Éléments pour une révolulion; bonapartistes, légitimistes, républicains. — Artillerie de la garde nationale; manœuvres pour la diviser. — Dispositions et aspect de la Cour. — Etranges défiances du Château ; le préfet de police suspect. — Proclamation menaçante de M. Odilon Barrot, préfet de la Seine. — Mission de M. Madier de Montjau. — Le peuple soulevé; les accusés précipitamment ramenés à Vincennes; frayeur des juges: arrêt. — Nuit du 21 décembre dans la cour du Louvre. — Agitation du lendemain; promenade d'étudiants; Lafayette apaise la foule; il compromet sa popularité. — Destitution de Lafayette; Dupont (de l'Eure) se relire des affaires.
— La révolution est close.
La Chambre des pairs s'était constituée en cour de justice, et quatre pairs de France, MM. Pasquier, de Bastard. Séguier et Pontécoulant, avaient été chargés de l'instruction de la procédure relative aux prisonniers de Vincennes.
Ce fut sur un de ses membres . le comte Florian de
Kergorlay, que la Chambre haute fit l'essai de son omnipotence judiciaire. Traduit devant elle pour avoir publiquement reproché aux députés leur usurpation du pouvoir souverain, au roi nouveau l'illégitimité de son avènement, à la pairie mutilée la violation de sa foi, ce fougueux gentilhomme lui condamnée 500 francs d'amende et à six mois d'emprisonnement.
Discute!- la royauté, c'est la détruire; dans l'affaire du emiite de kergorlay. M. Persil, procureur-général près la cour royale, n'avait eu à opposera la légitimité prétendue de Charles X que la souveraineté d'un peuple qu'on n'avait pas même consulté. Tous les raisonnements du magistrat accusateur étaient venus aboutir à la théorie du consentement tacite. Or, on lui pouvait répondre que le consentement tacite vaut comme énonciation d'un fait, non comme fondement du droit qui dépendrait alors d'une hypothèse insolente: que ce consentement résulte presque toujours de l'impossibilité où est le peuple de s'entendre pour protester: que c'est un vieux sophisme à l'usage de toutes les tyrannies; que Tibère avait pour lui le consentement tacite des Romains, quand, au premier froncement de ses sourcils, les plus illustres personnages avalaient du poison ou s'ouvraient les veines, sans que le peuple cessât d'être indiffèrent et le sénat muet: qu'enfin, et pour ne pas remonter si haut, la Restauration ellemême aurait pu, durant quinze années, faire de ce consentement tacite la consécration de ses fureurs.
Le procès de M. de Kergorlay posait, on le voit, des questions redoutables. Les partisans de la monarchie prirent l'épouvante. Le 25 novembre, un projet de loi fut présenté à la Chambre : il interdisait toute attaque contre