CHAPITRE VI
Château. M. Persil s'éleva donc avec vivacité contre cette doctrine.
Toutefois, comprenant lui-même combien était fragile léchafaudage de l'accusation, il prit soin de masquer sous la rudesse de son langage la pauvreté de sa logique. Les mots perfidie et lâcheté sortaient à chaque instant de sa bouche : il fut amer, provocateur, implacable. Orateur des rancunes de la bourgeoisie, il jouissait avec un emportement sauvage de la satisfaction d'écraser les représentants vaincus de cette aristocratie naguère si dédaigneuse et si arrogante.
Pendant le réquisitoire de M. Persil, M. de Polignac n'avait rien perdu de son calme. M. de Peyronnet.au contraire, lançait sur son accusateur des regards pleins de colère : et les mouvements brusques qui souvent lui échappèrent trahissaient en lui la révolte de l'orgueil blesse. Il se levé enfin à son tour, et il prouve qu'on a fait entrer dans l'acte d'accusation dressé contre lui une circulaire antérieure d'un mois à son entrée aux affaires. M. Persil se trouble, il balbutie des explications insuffisantes. Alors, d'une voix lente et solennelle : « Monsieur, lui dit l'ac- <( cusé. vous provoquez de grands châtiments : la vérité « est pour nous un droit, pour vous un devoir. » Cet incident, peu sérieux en lui-même, fit néanmoins sur l'assemblée une vive impression. Les uns étaient surpris, les autres indignés des avantages qu'assurait aux coupables l'inconsistance des accusateurs.
Au sein de ces émotions diverses, M. de Martignac prit la parole pour la défense de M. de Polignac. son client. 11 y avait quelque chose de touchant dans la situation respective de M. de Martignac et d'un des accusés. M. de
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Peyronnet. Ainsi que l'orateur le <lil en commençant, ils étaienl nés dans la même ville, la même année. Au collège, au barreau, dans la magistrature, ils avaient suivi des destinées parallèles. « Eh bien! ajouta le défenseur, après « avoir passé au travers des grandeurs humaines, nous « nous retrouvons encore: moi, comme autrefois, prêtant « à un accusé le secours de ma parole; lui. captif, pour- « suivi, obligé de défendre sa vie et sa mémoire mena- « cées. Cette longue confraternité que tant d'événements « avaient respectée, les tristes effets des dissentiments « politiques l'interrompirent un moment. Cette enceinte « où nous sommes a vu quelquefois nos débats émit preints d'amertume; mais de tous ces souvenirs, celui « de l'ancienne amitié s'est retrouvé seul au donjon de « Vincennes! »
La plaidoirie de M. de Martignac fut, selon le caractère de son talent, remplie d'une éloquence persuasive et douce. 11 s'attacha d'abord à démontrer que la dynastie de Charles \. en tombant, avait mis à l'abri de toute responsabilité les quatre ministres, vivants débris de ce naufrage. Il demanda où étaient les garanties que la Charte leur avait promises, où étaient les lois de sang applicables aux crimes qu'on leur imputait. Et quels étaient ces crimes? Ils avaient violé la Charte? Mais l'article 14 était-il tellement clair qu'on fût sans excuse pour l'avoir interprété au profit du trône ébranlé, au profit de cette antique monarchie des Bourbons encore une fois poussée dans les tempêtes?
Passant ensuite au souvenir de la guerre civile si audacieusement provoquée, puis attisée, M. de Martignac en avoua d'une voix gémissante toute l'horreur-, mais, pour