‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 102 sur 220 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gradins en gradins el refoulés dans Constantine. Le 12, les travaux étaient terminés : on touchait enfin à l'assaut !

Tout-à-coup, un jeune musulman, sorti des rangs de l'armée française, s'avança vers la ville, agitant un papier d'une main et de l'autre un drapeau blanc. Les assiégés lui jetèrent des cordes et le hissèrent sur le rempart. (Tétait un parlementaire que le général Damrémont envoyait aux assiégés pour les sommer de se rendre, avant le signal décisif et terrible. Le lendemain l'envoyé revint avec celte Gère el noble réponse : <• Si les Français n'ont « plus <le poudre et de pain, nous leur en donnerons. « Nous défendrons à outrance nos maisons el notre ville. « On ne sera maître de Constantine qu'après avoir égorgé

< son dernier défenseur. »

M. île Damrémonl prit aussitôt son parti. Depuis le commencemenl du siège, qu'il dirigeait d'ailleurs en général expérimenté, il n'avait cessé de prodiguer >a personne en soldat : si bien, qu'en le voyant passer dans les retranchements, le fronl chargé de soucis, mais d'un pas qui semblait chercher le péril, quelques-uns l'avaient cru décidé a mourir si la fortune pour la seconde fuis nous était contraire. Heureusement, l'assaul était devenu praticable, t'I il n \ avait plus a douter du succès. Plein île confiance désormais, et suivi d'un petit groupe d'officiers, le comte de Damrémonl se dirigea mis Koudjàt-Aty. arrivé sur un point très-découvert, il s'j arrêta ci se mit ,i observer la brèche. •• Prenez garde, lui dil alors le ■i général Rullières, qui étail venu au-devanl de lui ■

nous sommes ici au point de mire de l'ennemi * est >< égal, répondit froidement M de Damrémont. » A peine

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avait-il prononcé cee mots, qu'on l«' \it tomber à la renvciv. Frappé d'un boulet de canon. Le général Perrégaoi se penchant aussitôt sur lui, une balle l'atteignit à la tète i. | iverneui général fut relevé avec une émotion pleine de respect par les témoins de sa morl glorieuse, et. quelques instants après, le corps sanglant traversait l'arn ,

i ouvert d'un manteau.

Parmi 1rs soldats, il j en eut qui pleurèrenl leur chef tous saluèrent sa destinée. Le commandement revenait de iln>n au lieutenant-général Valée il le prit, aux applaudissements des troupes : et ce fut avec transport qu'elles reçurent, le jour même, la grande nouvelle <i.- l'assaul pour le lendemain.

i <■ lendemain était un vendredi. Or, d'après ans croyance superstitieuse depuis long-temps répandue parmi les Irabes, le vendredi devait marquer en Afrique le triomphe définitif des chrétiens. Mais Gonstantme ne s'en préparait i is moins a une résistance furieuse. Et, de leur

côté, les i rencaisse t liraient sûrs de vaincre, puisque

c'était corps a corps qu'ils allaient saisir l'ennemi Les troupes destinées è I assaut avaient été, dès la veille, >li visées en trois colonnes, sous les ordres du lieutenant co

lonel l imori( ière,ducol I ' nmbeseldu rolonelCorhin.

heures, le signal est donné, et su bruil <l<"* tamboura tous les cœurs palpitent >l impatience et de Joie t e i iel était radieux ce joui la t ommandée par t amoricière la première colonne, au milieu de la plus vive fusillade, ■ le rempart au pas de course Voilà loa touavea debout sui la brèche et le drapeau tricolore, qu'j plante le capitaine Carderons, <-t salué par de victorieuses aoela m. n- Mais le daiiRei restait caché dan» le triomphe

CilAHITKE IX.

Tandis (juà droite et à gauche, les sapeurs du génie se Iraient un passage le long des murs, leurs compagnons se trouvent devant un dédale de maisons en ruines et d'impasses mystérieuses d'où s'échappe une grêle de halles On avance partout, on s'attache à l'ennemi, dans une mêlée meurtrière et furieuse. Soudain, un pan de mur s'écroule (]ui étouffe cl enterre nombre d'assaillants. Bientôt une mine éclate: un tourbillon de flamme cl de fumée s'élève, et, par un phénomène étrange, effroyable, plusieurs de nos soldats sentent que tout autour d'eux l'air S embrase; ils respirent le feu ; une douleur acre et cuisante tes dévore; leurs vêtements consumés laissent leur chair à nu : leurs paupières sont brûlées; d'éternelles ténèbres les environnent. Ce fut un spectacle déchirant que celui de ces malheureux. Quelques un- déliraient, défigurés à tel point, que leurs ami- mêmes ne les pouvaient reconnaître, et ils allaient s agitant semblables a des spectres

Constantioe, du reste, s'ouvrait de toutes parts aux Ilots des assaillants. D'intrépides camonniers turcs gisaient an pied d'une de leurs batteries conquise, (in luttait de porte

eu porte, a I ra\ ers des rues si étroites, que les maisons se

faisant lace se touchaient presque par le haut. Les l'rani ;us se précipitaient la baïonnette au hmil du fusil, pous sant toutdevant eux, fouillant laville, et partout vainqueurs déchaînés, irrésistibles. Les insignes de la domination turque, les étendard: d Vhmed, les queues de cheval, dis paraissaient de pioche en proche pour faire place au drapeau tricolore. On dil que. ne voulant ni se soumettre ni fuir, un ministre du de) s'arracha la vie. Toul retentissait du tumulte de mille combats, el ce ne turent bientôt que

MIMIUM M Kl *•>*.

morts, mourants el raines De dessous les débris fumants sortaient de Farouches imprécations ou des cris étouffés. La population, pâle d'épouvante, avait reflué tumultueusement du coléopposé à nos attaques elle arrive et s'entasse, derrière la ( asbah,sur une pente rapide aboutissant a une muraille de rochers verticaux, la. cette multitude gémissante grossit outre-mesure, se presse, se pousse, roule pêle-mêle au fond de l'abîme. Femmes, enfants, vieillards > périssent dans une affreuse confusion. Les plus hardis se suspendent s des cordes qui, en se rompant, les laissent tomber sur un monceau de cadavres.

i odeui du sang n te dans l'air. La ville esl prise

i e ii était pas ^m-- de cruels saci ifices. i e chef <fe l>ataillon Sérignj el le capitaine du génie Haket avaient péri sur la brèche. Parmi les blessés on comptait le colonel

i : ii ière, les chefs de bataillon \ ieus el Dumas, l'ot

licier du génie Leblanc, le capitaine Richepanse. Le colonel < ombes avail été blessé lui aussi et mortellemeut. arrivé

-m l.i I lie. il \ commandatl une attaque décisive, lors-

qu il reçut deux balles dont l'une lui traversa la poitrine Uors se passa une scène <i i^m* des temps héroïques In vincible i la douleur, le colonel Combes s avança vers le duc de Nemours pour lui rendre compte de la situation Sun pas était assuré, s, m m>.i,- . aime .t le voir, nul ne m lui douté qu il marchait portant la morl dans sa poi trine. II s'exprima noblement, avec simplicité, sanspariei de lui autrement que pai celte allusion mélancolique el «nblimc » • eus qui ne sont pas blessée mortellement .. jouiront de ce succès ■ <>u l'emporta près de rendre l .un.- Set dernières parole* furent adressées au général i Min ami « llercve/ uns adieux, lui <lii il le ne

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demande rien à mon pays pour ma femme, pour les

h miens-. mais je lui recommande les officier- le mon « régiment donl voici 1rs noms... » La morl l'interrompit.

(in raconte que. pendant la prise de Constantine, \lmnil. du haul d'une montagne voisine, assistait à ce solennel spectacle de sa puissance abattue. Frappé sans retour par le destin, il ne fut pas maître de sa douleur, et <les larmes, dit-on. coulèrent de ses yeux. Toutefois. il ne renonça pas à la douceur de vivre; il tourna bride . i son cheval l'emporta.

La première pensée des nouveaux maîtres de Conetantihe fui pour les blessés. Confiés au docteur Baudens, ils eurent pour hôpital une des plus belles maisons de la ville, celle qu'occupait le kalifa du be\ Le palais d'Ahmed, dont un nègre ouvrit 1rs portes aux vainqueurs, renfermait de riches tapis, des chevaux magnifiques, beaucoup d'esclaves: mais on > avait rêvé des trésors qu'on ne put découvrir. Les femmes du harem, dont une seule, nommée Aicha. était remarquable par sa beauté, l'urenl mises sous la garde du muphti. l'eu à peu toul rentra dans l'ordre; du sein des campagnes arrivèrenl des tribus qui venaienl faire leur soumission : les mesures que l'occupation réclamai! furenl prises, et l'armée se remit eu route pourBone, laissant dans Constanline 2.500 hom mes sous le commandement du colonel Bernelli .

i cite complète, si chèrement disputée, fui célébrée en

I r.uiee d'une manu le a la lois louehaiile el modeste, la

dignité de maréchal de France ci le titre de gouverneur- -■ néral de l'Algérie récompensèrent le lieutenant général \ iléc i n avancement mérité attendait les maréchaux-dc

■jjl J M DU WS.

camp Ralliées >•! in/rl. ainsi que les colonels BerneHe, Boyer, Vacher, il«' ronnaeaaiaic. Le corps du conte de Damrémonl reçut, à son arrivée en France, les honneurs militaires, el 1 1 1 • « 1 1 ■ l des Invalides lui fui donné poui sépulture. Qoanl .m général Perrégaux, il étail naorl dans .i traversée, presque au momenl il<à toucher les rivages de la patrie '.

pi . \ loosoeoxde nos tecieun qui voudraient connaître toutes -■ iiuhk-, .ni\ innnaiei algi m. Pél saler, el A un remarquai) 1

- pu !.■ capitaine Lalour-du-Pta. i •■ docteur Bandant, chlnjrgiea du duc de Nemours, a publié, lea faits qui se

r.iii.H halenl pins ipeclalemenl ^ la nature de tes fonctions, des détails do plna -T.m.i Inl

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