‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 103 sur 220 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nouvelle attitude prise par le parti démocratique. — Portrait de M. AragO. - Formation du Comité centrai. ; sa physionomie; résultats de son influence. — Élections. — Origine de la Coalition. — Fausse tactique de M. Guizot. — Première défaite de la Coalition. — Derniers moments de M. de Talleyrand.

Pendant long-temps, on l'a vu, le parti démocratique avait obéi, dans sa marche, à îles inspirations de dévoùmentouà des haines impatientes ou à l'esprit d'aventure. Mais ses passions, même les plus généreuses, l'avaient mal servi. De tanl de glaives tins dans des jours de colère, pas un qui n'eûl été retourné contre lui et ne l'eùl déchiré. H lui avail donc fallu enfin reconnaître que, sous la domination de la bourgeoisie, les chances n'étaient pas toutes du côté de l'audace et que malaisément il ferail \ iolence .1 la fortune, il ne se découragea point cependant, et, doué il une lune de volonté plus grande que ses revers, il lut de se commander le calme, démettre de la patienct dans ses attaques, de vaincre, <'n un mot, avec les seules armes de la loi par le seul efforl de l'intelligence. L'occasion pour cela se présentai! favorable el pressante, à la lin de 1837 : car M. Mole avail dissous la Chambre, el la lice électorale s'ouvrait

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Mais, pour que l'entreprise n'avortai point, il importail qu'elle fut conduite par des personnages d'une haute renomméeel d'une modération qu'eût épargnée la calomnie, des personnages tels que M. Vrago, par exemple.

it quel i'iii>s:ini allié qu'un tel homme! s;i stature santé, son œil élincelanl sous de grands sourcils iimliili-.. la constante altération de ses traits, son profil aquilin, !«■ rayonnement de son riront, toul exprimai) ni lui l'intelligence dans la force el je ne sais quelle propension \ iolente au commandement

H ;i\;ni été donné ;i cel homme illustre d'entrer en

commerce avec la gloire, ■> un Age où, d'ordinaire, «>n ose

h | .lui- la rêver. \ \n\-\ ans, M Vrago avait été choisi par

i eau des i ongitudes pour Bller prolonger la méri

dienne de France jusqu'au midi de l'Espagne, et, dans

implisse ni de cette mission, il ;i\;iii enduré mille

souffrances, affronté mille dangers, il passa six mois sur i< isolé des montagnes, attendant l'heure où uneob servation mm. ni possible Lors de la première entrée des i i .un ;i i s dans la Péninsule il lut. comme envoyé de S'apo léon. plongé dans les prisons de Valence; plu- tard, cor duil •' Vlger, il regagnait la France, lorsque, capturé en vue de Marseille par un corsaire espagnol, il fui ramoné .1 Hnse, puis jeté sui un ponton A Palamos Pendant sa dure . aptivité .1 llose el .1 Palamos, il poussa le dévoûmenl .1 la ■ i*i — ■ 1 ■ 1 •• refuseï de se sauver, pour ne pas perdre • ■ - observation* el ses intrumenls tinsi avait 1 ommonoé m ieiiliflquo de M trago, vie marquée pai une fhule taux célèbres et <l admirables découvertes I ai iractérisait M trago c'était la diversité de ses les Ki h mé dans 1 1 urope entière comme prn

fesseur et pomme savant, il apportait dans ses joutes oratoires une éloquence abondante, lumineuse, nourrie de faits, de citations, de détails saisissants ; et certes, parmi les premiers écrivains de son siècle, nul n'aurait pu se flatter de l'emporter sur lui pour l'ampleur, la souplesse, et surtout la clarté du style. Cette dernière qualité avait chez M. Arago quelque chose d'éblouissant, et faisait de lui un des plus féconds vulgarisateurs qui aient jamais paru.

Un homme ainsi organisé pouvait d'autant moins se résignera vivre éloigné de la politique, qu'il y était appelé par un esprit naturellement dominateur et un immense besoin d'activité ; car à cette nature, si richement douée, tout semblait convenir également : le recueillement cl l'action, l'immobilité de L'étude et le mouvement des choses humaines, la contemplation solitaire des mondes et le Forum rempli de tempêtes.

Puissant par la science. M. Arago l'était peut -cire plus encore par la passion. Aussi n'avait-il pu se contenter long-temps de l'espèce de dictature que l'Académie des Sciences lui avait volontairement confiée, bien qu'il \ < ùl la des obstacles à vaincre, et des luttes à soutenir, et des ennemis à accabler. Mais, pour que les facultés de M. Arago trouvassent un emploi suffisant, il lui fallait d'autres obstacles et d'autres combats, il s'était donc élance'- vers les régions politiques, et. avec cette force d'attraction qu'elle exerce sur toutes les natures souveraines, la démocratie l'avait irrésistiblement attiré. Et qui, plus que lui, était fait pour \ figurer avec éclat .' Non moins capable d'émouvoir le peuple que de l'instruire, il s'imposait a ceux-ci par l'autorité de son nom. il entraînait

USTOUU M NI UB,

. i ,i\ i.i par l énergie de -<>n laie, affectueuse d ailleurs et

- Bel.

m I es le rôle <lu Lribua seul pas été au-dessus de

son ardeur, i.i toutefois, il n'avait pas ce genre de supé riorité qui permit a Mirabeau de se jouer îles orages, >l 'j respirer avec une aisance orgueilleuse, de s'enivrer de la contradiction, el de se faire porter par le- haines mêmes autour de loi soulevées, accoutumé, comme professeur, ;iu\ applaudissements, M trago ne se déployai! tout entier que devant un auditoire disposé a le comprendre el a 1 -i iiii.i Les rrémissements d une assemblée hostile, aana abattre son i ourage, altéraient en lui les sour» es >le l'inspiralion. Un soir de printemps, comme il se promenait dans le jardin tl<' l'Observatoire avec quelques membres de s.i famille <'i un ami, il lui plut >l exposer les idées dont se • omposail un discours qu'il devait prononcer i la < hambre, le lendemain il s'agissait de venger le peuple des mépris patriciens eu traçant l'histoire des services rendus pai lui •■ la science, <•! en taisant le compte des grands hommes sortis de >»n sein Emporté pai l'élan l'une improvisation d'abord familière, m trago s'anima peu, il i exalta, il devint sublime. Sur celle terrassa élevée d'où l'on domine Paris, il nous semble le voit en un . -.1 haute taille et sa ligure de chel arabe, la lète découverte, le bras étendu, i œil plein de Oamme, lesobe

agités par le veut, !<• sommet ilu Irmil eel.ine par 1rs

.lu soleil qui dea endail > l horiaon dans une n |kiui embrasée, Mon, jamais bommo n'eut un aa|>erl plu» majestueux, ut jamais pensées venues du ootui M 1 1-\ <t n i-iii des formes plus solennelles el plus nobles! i •• lendemain, nous allâmes entendre M krago à la < ihambre,

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