‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 129 sur 220 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lêans et à Tours, ce qui formait un développement de trois cent soixante-quinze lieues, dont la dépense était d'avance évaluée à 350 millions.

Le projet était plein de hardiesse et d'éclat, parfaitement motivé, digne enfin du gouvernement d'un grand peuple; et le ministre du commerce, M. Martin (du Nord), aurait conquis une place honorable dans l'histoire s il avait mis a le soutenir le courage qu'il avait fallu pour le présenter. Mais la proposition ne fut pasplus lot connue, qu'un cri de fureur partit des premiers rangs de la bourgeoisie. L'exécution des chemins de 1er par l'Étal enlevait, en effet, aux banquiers, aux faiseurs d'affaires, aux joueurs del'industrie, aux capitalistes des deux Chambres, uiif proie sur laquelle ils avaient compté. Leur colère s'exhala de Imites parts en termes passionnés. Ils prétendirent que le gouvernement était incapable, en thèse gé nérale, d'exécuter les travaux publics; que les compagnies particulières devaient en être chargées, parce que-, pressées par l'aiguillon de l'intérêt privé, elles agiraient plus é< o nomiquemel et plus vile; que l'esprit d'association avait besoin d'être encouragé en France; que l'occasion étail admirable et qu'il y avait nécessité de la mettre à profit.

Le gouvernemenl n'avait pas prévu l'excès des résistances qu'il allait soulever. Tant de violence l'effraya. i était, d'ailleurs, du camp de ceux qui l'appuyaient que venait la clameur, il commença donc à se repentir d'avoir voulu le bien, et ne chercha plus qu'un prétexte pour -,• faire absoudre.

Alors commença un spectacle aussi admirable que sin

gulier, Le parti démocratique, si souvent calomnié, si

ouvent haiie de factieux par ses ennemis, s'empara de

I IUMOIRE I.». DIX IN-,

cette cause de l'Étal que l'Étal lui-même se montrai! prel & abandonner, el par lui furent émises, en matière «le travaux publics, les seules doctrines propres .1 fonder en France l'ordre el l'autorité.

1 e parti démocratique, représenté alors à Paris par le

• al. le Hun Sens, le Journal du Peuple, envisageait

1rs voies de communication sous in>i- aspects dilîérents '.

il prouvait d'abord qu'au rourr di vui moral, rien d 'était plus déplorable que I enfantement des compagnies il montrait, se pressant autour <!<• leur berceau, les spéculateurs, foule avide, effrénée, habile à battre monnaie avec des noms el îles mensonges, el qui d 'apportait au public, selon l'expression <l>- If. Jules Séguin, qu'une grande caisse vide, l'invitant a la remplir, pour prélever, sur ce qu'il y jetait, une prime scandaleuse. Les machi nations des gens d'affaires, surnommés loups terrien pai

M Dupin, leur impunité trop certaine; les d na leurs

de la Bourse courant à la fortune au travers de leurs vie limes frappées dans l'ombre; les action* prises uniquement poui être vendues, el vendues a îles pris mon Milieux, au moyen des hausses factices; à la place îles

travaux publics l'agiotage ; les gros joueurs c lus. ri

les actionnaires sérieux soudainement précipites dans la misère; les concessions livrées argent comptant par les

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fonctionnaires prévaricateurs; les compagnies rivales se

disputant, par l'ignominie des pots-tle-riit. la protection «les ministres, des chefs de bureau, des pairs de France, des députés, des hommes de Cour, des principaux commis; la corruption et son venin partout : l'amour du gain devenu comme une publique ivresse; la société enfin transformée en une arène d'agioteurs.... voilà ce que le parti démocratique apercevait, voilà ce qu'il dénonçai! dans le système des compagnies.

Et, al: point de vue industriel, combien leur action n'était-elle pas ruineuse! Car enfin, ce que les compagnies dépensent pour l'exécution d'un chemin de fer, il faut qu'un tarif le leur rende el avec usure : l'Étal retrouve le capital qu'il a dépensé dans les sources de l'impôt élargies, dans les recettes de l'enregistrement, les contributions mobilières, les douanes, les octrois, les passeports.

les licences, les contributions foncières. Les compagnies sonl obligées, pour s'indemniser, de lever tribut sur le développement même de l'industrie, que par là elles retardent ou enchaînent : l'Étal laisse la prospérité pu- Nique s'accroître, el ne s'adresse à elle que lorsqu'elle s'est accrue. — Les compagnies veulent jouir vite, parce qu'elles meurenl : l'État peut attendre, parce qu'il est im mortel. Les compagnies, par l'élévation el la durée des tarifs, arrêtent le pauvre à l'entrée des chemins de fer l'État, qui a d'autres moyens que les tarifs pour rentrer dans ses avances, ouvre les chemins au pauvre comme au riche. — Les compagnies sont ronces à des dépenses

énor s. dont le poids retombe ensuite sur le public; il

leur faut des agents d'intrigue pour obtenir la concession el écarter les rivalités importunes, des banquiers qui ven-

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lient leur crédit à l'entreprise el des spéculateurs qui lui donnent l'essor, <les courtiers qui se chargent du placement <!<•> actions, un cautionnement, des caissiers, <l«'s receveurs, îles payeurs, des ingénieurs civils, des conducteurs, des conseils II tal n'a rien à créer; il a sous -m main il<-^ Fonctionnaires tout trouvés; il a pour la partie financière, ses receveurs généraux el particuliers, ses re ceveurs des communes, ses receveurs de contributions indirectes; pour la partie executive, ses ingénieurs des ponts-et-rhaussées ; i">ur la partie administrative, les agents qu'emploie le service des préfectures Les coin pagnies ont besoin d'une foule d'employés qu elles tirent du néant : l'Étal n'a qu'à étendre les attributions de ceux dont il dispose Les compagnies sont a la merci d'agents choisis presque toujours au hasard . impatienta de faire leur fortune, el dont il faut quelquefois escompter mi l'apprentissage, ou l'inconstance, ou l'incapacité, ou la mauvaise foi, ou la cupidité l'Étal est servi par ■!«>agents revêtus d'un caractère officiel, soumis a un con trôle public, rhnrgés d'une responsabilité morale, appar tenant a une hiérarchie ■ onstituée, et ayant pour mobile,

non l'argeill . mais I honneur. \\ee les eum|>iignies,

le- travaux ne sauraient elre pxécutés que pie. b < rie. e

inronvé ni grave, car M i pi tout équilibre, el retire

l>iei ipitammenl le sang 'le . ertaines parties île la société, pour le faire refluei ailleurs d une manière violent» i i tal esi .Luis une sphère d'où il embrasse l'ensemble des ni

icieis . s, -s prévis s peuvent avoii un caractère di

ralilé qui ne lui permet pas de sari ifler une localité -\ une autre , el de détourner Irop brusquement le cours des re lai s , t 1 1 < - 1 . i.iies i ,-. compagnies ne rhen hcnl el ne

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