‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 27 sur 220 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dit à M. Girardin : « Si le sort m'est contraire, Mon- « sieur, et que vous fassiez ma biographie, elle sera ho- « norable, n'est-ce pas, c'est-à-dire vraie? — Oui, Mon- « sieur, répondit celui-ci. » Les témoins avaient mesuré une distance de quarante pas : on devait s'approcher jusqu'à une distance de vingt. Armand Carrel s'avança aussitôt, sourd aux exhortations de M. Ambert, qui lui criait de s'effacer, cl présentanl à la balle qui le cherchait toute la largeur de son corps. M. de Girardin s'était avancé de quelques pas. Les deux coups étant partis presqu'en même temps; on vit les deux adversaires tomber, blesses Ions deu\. l'un à la jambe, l'autre dans l'aine.

Au nombre des anus les plus dévoues île Carre! étail M. Grégoire, qui I avail accompagné jusqu'à la porte du bois et qui attendait là le dénoùmenl dans un cruel étal d'anxiété. Tout-à-coup, lebruil d'un tilbury roulant avec rapidité dans les avenues se fait entendre. Le tilbury s'arrête à la grille, el deux amis de M. de Girardin en descendent. C'étaienl MM. Cleemann el Boutmy, qui, de la part de Carrel. venaient chercher M. Grégoire. Par eus il appril I i^sue fatale du combat, el avec eux il se hâta vers le lieu de lascène. En arrivant, il aperçut les deux adver saiie- étendus par terre, l'un a gauche, l'autre à droite. aux bords du chemin. La blessure de Carrel étail la plus profonde, la plus dangereuse, la balle ayant froissé lesintestins. On s'empressa autourde lui pour le soulever. Lu passant à côté de M. de Girardin, il lui demanda s'il souf bail, noble ei généreux jusqu'au boni Cependant il étail

en proie à de vives douleurs el il se sentait perdu. I II

homme qui travaillai! aux champs étant accouru el i lier

(u^ioint ht m\ in-.

i haut à le rassurer mu les <nii «•-. il répondit par un sminn- d'incrédulité et de résignation. Transporté a Saint- Mandé chez un de ses anciens camarades de l'école militaire, M. Peyra, il > reçut l'hospitalité la plus affectueuse et la plus touchante. Pendant les premières heures, un léger rayon d'espoir soutint ses amis Les docteurs Jules i et m h \ veillaient mu .-.i 1 1- vie précieuse.

Vu-dehors, cependant, la sinistre nouvelle s'étanl répandue '!>• proche en proche, la consternation fut universelle, inexprimable Les uns refusaient de croire qu'une aussi haute destinée pût être tranchée par une balle \nllea autres, comme il arrive aussi dans les grandes inquiétudes, osaient à peine Be livrer à l'espérance, et ilreprochaient i Carrel celte magnanime puérilité qui lui •ni jouer sa vie contre un homme qu'ils jugeaient indigne d'un tel adversaire Chei plusieurs, la fureur contre M i mile de Cirardin était au comble, et il- l'accu-

- ni de n'avo r vu dans une rencontre doni <>n devait

tant parler, qu'une affaire de bruit, qu'une manière de spéculation. l>m> enfin rappelaient a l'onvi la carrière foui pai \i m uni i arrel '-t ses qualités éclalanlefl

Dana la nuit ■! i 1 1 au •-• i juillet, l'état du blessé prit le ■ .11.11 1ère le plus alarmant, aos souffrances étaient dev< nuei intolérables; et, d'une vois déchirante, il suppliait les assistants do lui faire apporter un bain il demanda

tout up i m Grégoire, qui m' I avait point quitté, m

i (m venait de relirei la lampe, Oui, répondit M. tiré foire avec une émotion contenue, la lampe brûlait toujours

auprès 'lu blessé, mais '■ I entrait déjà dans la nuit

éternelle i agonie commença alors tu sein de ces ténè lirru de la moi qui déj < prenait possession de lui

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