‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 76 sur 220 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Montalivet à la place de M. de Gasparin. M. Guizot s'était attendu à la démarche et il avait pris son parti. En apercevant M. Mole, il s'écria : « Je sais ce que vous venez me « proposer : le ministère de l'intérieur? Je le prends. » A ces mots, prononcés d'un air impérieux et d'une voix altiére. M. Mole s'émeut, et, par un soudain revirement de pensée, il demande à garder pour collègue celui-là même dont il était disposé à exiger le renvoi.

(.(•pendant, une nouvelle venait de se répandre qui remplissait les ministres de trouble et de confusion. Le 6 janvier, les débats judiciaires relatifs à la conspiration du 30 octobre 1836 avaient commencé, et le Cabinet en avait appris le dénoùment au milieu des dernières rumeurs soulevées par la discussion de l'adresse.

Parmi les complices du neveu de Napoléon. MM. de Persigny, Lombard, Gros, Pétry, Dupenhouat, des Schallei . étaient contumaces; el il y avait sept accusés présents : le colonel Vaudrey, les chefs d'escadron Parquin el de Bruc, les lieutenants Laitj el de Querelles, M. de <.ricourt, M"1* Gordon. Depuis is:îo. les procès extraordinaires n'avaient celles pas manqué à la curiosité publique: mais tout concourait à donner à celui-ci une physionomie particulière et saisissante : le rang des accusés, militaires puni- la plupart : le glorieux passé des uns. la jeunesse el la fierté des autres; cette impériale révolte si pleinede souvenirs; Louis Bonaparte voguanl impuni vers des contrées lointaines: parmi les pièces à conviction, l'aigle aux ailes déployées ; le tribunal érigé dans Strasbourg, ville à la fois républicaine et guerrière placée sur le chemin de nos \ ictoires, el . sons ses dehors allemands, la plus française peut-être de nos cités; le Rhin, en un mot, coulant

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Iques milles de l'enceinte où siégeaient les juges, ce Rhin que Napoléon avait franchi! Aussi ne vit-on jamais pareil spectacle. Les audiences commençant >!<• grand malin, l'impatience, pour éclater, n'attendait pas le lever du >i 1 1- ; et, avant l'aube, les abords du palais de justice ne présentaient que groupes agités, que femmes se pics sanl aux portes une lanterne à la main.

L'altitude des accusés répondit à l'intérêt qu'ils excitaient . l >■ commandant Parquin puisa dans ^m dévoùmenl a la mémoire de II mpereur tics accents d'une force et d'une vérité singulières. Douée d'une éloquence naturelle «pic relevai) le caractère énergique de si beauté. M ■ Gordon -ni ennoblir par la \ ivacité de ses com ictions politiques ce qu'avait d'inusité son rôle de conspiratrii e. MM.de Querelles, de Gricourt et de Bruc soutinrent l'interroge toi re avec assurance, el le colonel Vaudrez avec une fér meté toute militaire, quoique mêlée par Fois d'embarras Mais, parmi les accusés, nul ne remua pins Fortement les

s que le lieutenant Laity. C'était un jeune homme

plein de courage, au regard hisie. i la figure transpa renie, sérieuse el passionnée i n se jetant dans nue en* irepi ise un tout n eiaii ipie périls, il avait rru laire pacte avec la morl Vaincu, il refusa de se défendre, el l'on ne parvint a iv décider qu'en lui montrant jusqu'à quel point sa résolution conipromettnil ses compagnons il 'tu fortune Devant les juges, il fui indomptable et calme. H rimait noblement, sans recherche cl d'un ton bref, Idal Je suis républicain, 'lit il, el n'ai mihi le

• prince l<nuis Itonaparte que pi |uc je lui ai trouvé

npininna démocratiques l es dépositions îles t.m s donnèrent lieu à divers i lents qui ajoutèrent à

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l'impression de l'ensemble. Le colonel Tallaudier ayanl raconté qu'en arrêtant le commandant Parquin, il lui avait arraché une de ses epaulettes de ".encrai. « il est « très-vrai, s'écria celui-ci. que .M. Tallandier m'a insulté >< Il pouvait le l'aire impunément : j'étais son prisonnier. » Et ces mots provoquèrent entre les deux soldats un i change de paroles et de repartis dont chacun put deviner la portée sinistre.

Au dehors, l'émotion allait croissant. La ville retentissait des vœux formés en cho-ur pour l'acquittement des accusés. On entendit crier dans les rues : Vivent les opinions du lieutenant l.aity ! Un procès gagné en quelque sorte par l'ombre auguste île Napoléon était, aux yeux des bonapartistes, une merveilleuse victoire. Les républicains brûlaient de voir l'autorité morale du roi régnant affaiblie el décriée. Plusieurs ne poursuivaient que l'humiliation du ministère. El chacun de masquer les conseils de la haine ou les entraînements de la passion en invoquant le principe de l'égalité. Car. pouvait-on frapper les complices de Louis Bonaparte, quand Louis Bonaparte lui-même (Hait élevé au-dessus du châtiment? Ici l'injustice paraissait toucher au scandale. Aussi, s'en expliquai ton bruyamment dans les salons, dans les cafés, dans les hôtels, dans les hrasseries. Il les jures n'allaient nulle

part sans traverser des impressions donl il fallait subir l'empire

M n'était pas jusqu'au chois des avocats qui ne tiit de nai me a protéger puissamment les accusés. M. Ferdinand Bar rot portail un nom illustré par les luttes politiques; M. Parquin, membre célèbre du barreau de Paris, se présentai! pour défendre la vie ou la liberté d'un frère;

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M rhierret jouissail d'une grande réputation de science; l'avocat de M"" Gordon, M Liechtemberger, avait acquis dans l Alsace l'influence il<' la vèrta colorée par l.- talent. Quant a M Martin de Strasbourg), il n'avait pas encore atteint a la réputation qu'il dorait acquérir plus lard ; mais déjà l'on pouvait aimer <-i estimer en loi un républii ain sans reproche, nn nomme en qui l'austérité îles convictions, la fermeté du caractère, se mariaient à uni mplicité de mœurs et à une douceur exquise, attaqués par 1- procureur-général, M. Rossée, avec un emportement dont la modération de M. Gérard, procureur do i"i de Strasbourg, lit ressortir l'excès, les accusés furenl éloquemment défendus. Chacun des avocats vint plaidera «m tour, et sous des formes variées, le système de i égalité devant la i"i Quant a H. Parquin, il n'eut, poui attirai i lui tous les cœurs, qn ■> » abandonner ans

inspiral s de la tendresse fraternelle. « 0 ma vénérable

unir, s'écria i il en linissant, toi qui, à quatre-vingt deux ans, a-, retrouvé des jours sans repos et <!<'•« nu il s - sommeil, toi qui accuses le ciel de ne I avoii pas ■ enlevée plus i"i à la terre, j>' le \"is. je t'entends.

Parquin, qu'as-lu lait de ton frère? Uilanaboi

• ma vénérable mère, sèche les pleurs, f on 81s! unjuiv h d tbace le le rendra Des sanglots retentirenl alors de toutes parts, el ce lui au milieu il un attendrissement inexprimable qu'on se sépara Le lendemain, 18 janvier .m moment où les jurée entraient dans la salle des délibérations, plusieurs voii - élevèrent tequitb quittes! i n profond sentiment ■ ! angoisse .,■ peignait *ui loua les visages Hais, lorsque les jurrs ctani irnircs en se leui > i" i prononça ces m"i> ■ BorasonlMM

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