CHAPITRE l
pour une entrevue avec l'émir. La nouvelle fut joyeusement accueillie par les soldats : il leur plaisaif de \o\v de près cet infatigable ^bd-el-Kader, ce chef inconnu dont ils avaienl fail la renommée en le combattant, et qui leur devait le soudain éclat de sa fortune. Le général avait choisi quatre mille hommes pour l'accompagner : ils se mirent en mouvemenl le ["juin, à la pointe du jour. En Icli marchaient les Arabes allies, sons les ordres de Mustapha-Ben-Ismaël. c'était un beau el austère vieillard, que reconnaissaient pour cher les belliqueuses tribus des Douairsel desSmélas. Anime contre Abd-el-Kader d'une haine immortelle, Mustapha-Ben-Ismaël avait cherché notre alliance, ei associé fidèlement à notre drapeau tricolore ses deux étendards vert el blanc. Notre civilisation, du reste, 1 avait gagné sans le sui prendre ni l'éblouir.
\ neuf heures du matin, on lit halte dans un vallon du plus riant aspect . que baignaient les eaux «le la Tafna . l à était le lieu du rendez-vous Mais on n'\ rencontrait que la solitude, le silence : el pas un cavalier arabe ne se dessinait à l'horizon. Le soldai se seul il humilié. Il fallut attendre, ci l'on attendit long-temps. Les vedettes revenaient sans nouvelles. Habile à s entourer deprestige, Abdel-Kader avait voulu se donner auprès des siens l'avantage d'une supériorité apparente, et l" dédain qu'il affectait à l'égard du chef des infidèles était un calcul de si politique mu su h in Le jour commençai! à baisser, l'émii ne
parais -a il pas; et, pendant que. tourné engaité. le mécon leniemeiii des troupes - évaporait de toutes parts en \i\es saillies, le général Bugeaud avait peine à dissimuler s;i
colère Enfin, rapproche des Arabes esl annoncée \
l'instant même, les tambours rappellent, les faisceaux se
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rompent, chacun court à son poste. M;ii<. à une lieue il «• notreavant-garde, Vbd-el-Kader s'était arrêté. Ceful alors auprès du général une succession de messages ayant pour but «1«* lui apprendre que l'émir « - 1 ; * i t malade, «ni'il n'avait pu se mettre en route que fort lard; qu'il serait bon, peut-être, de renvoyer l'entrevue au lendemain.. \ Inmi de patience, el oubliant l;i dignité de son rang pour n'obéir qu'aux impétueux conseils de son dépil et de son courage, le général Bugeaud laisse au général Laidel le commandement des troupes, >'t suivi de son état-major, il Be porte en avant
Presque entièrement composée de cavalerie, l'armée ■ l Vbd-el-Kader Figurai! un immense triangle . dont les angles mouvants s'appuyaient à trois collines, arrivé au milieu des avant postes, le général français \ il venir à lui un chef de tribu, qui lui montra un coteau sur lequel était l'émir. • Je trouve indécent de la part il<- Ion chef, «lit le i md àl' trabe, de me faire attendre si long
temps «'i venir de si loin » Kl il s'avança résolument Vlora parut l'escorte de l'émir. Jeunes el beaux pour la plupart, les chefs arabes étalaient avec faste leurs riches c nslumcsel montaient des chevaux magnifiques Bien 'lii fêi nie était relie .lu général Bugeaud, a laquelle s'étaient réunis plusieurs membres de l'administration) ivile, coiffés île la casquette modèle, el dans une tenue i"ii peu milii ii i avalier sortit des rangs, il portail un burnous
ici . la ■ orde de i lu tau, el ne se ili-iinun.ni point
i h ton costume du dernier de* cavaliers ennemis \ mais
i de son cheval noir, qu'il enlevait avec beaucoup
det \i slws h ai citaient . tenant le moi s de
bride el les élriei I • lait \l"l el kadei i e général fran
çais lui ayant tendu la main, il la lui serra par deux fois, sauta rapidement à terre et s'assit. Le général Bugeaud prit place auprès de lui. et l'entretien commença.
L'émir était de petite taille. Il avait le visage sérieux el pâle, les traits délicats et légèrement altérés, l'œil ardent. Ses mains, qui jouaient avec un chapelet suspendu à son cou. étaient fines et d'une distinction parfaite. Il parlait avec douceur, mais il y avait sur ses lèvres et dans l'expression de sa physionomie une certaine affectation de dédain. I.a conversation porta naturellement sur la paix qui venait d'être conclue : et Abd-el-Kader parla de la cessation des hostilités avec une mensongère et fastueuse indifférence. Le général français lui faisant observer que le traité ne pourrait être mis à exécution qu'après avoir été approuvé, mais que la trêve était favorable aux Arabes, puisque, laid qu'elle durerai) . un ne loucherait pas à leurs moissons : « Tu peux dès à présent les détruire, répoi - « dit-il, ci je t'en donnerai parécrit, h lu \eux. l'autorii' salion. Les Arabes ne manquent pas de grain. »
L'entretien fini, le général Bugeaud s'était levé, el l'émir restait assis. Blessé au vit. le général français le prit alors par la main. ri. l'attiranl a lui d'un mouvement ■brusque: o Mais relevez -vous donc !» Les Français furent charmés de celle inspiration d'une àme impérieuse i I intrépide, el les Vrabes laissèrent percer leur étonnemenl Quant à l'émir, saisi d'un trouble involontaire, il se re tourna sans proférei une parole, sauta sur smi cheval, el regagna les siens. En même temps on entendit une puis saule clameur que les échos prolongèrent de colline en colline. Vive le sultan! criaient avec enthousiasme les tribus. Un violent coup de tonnerre vinl ajoutera l'effel
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Je cette «-i r;n i;«.* scène ; el . se glissant dans les gorges »!<"< montagnes, les Arabes disparurent.
Le traité conclu avec l'émir portail : qu'Abd-el-Kader onaissait l.i souveraineté de la France; que la i rance se réservait, dans la province d'Oran, Mostaganem, Mazagran et leurs territoires, plus Oran, Vrzevi el un territoire renfermé dans d'étroites limites ' : que, dans la province .1 \I it. elle se réservait Uger, le Sahel el une partie il«' la plaine il<- Uelidja. roui le reste était abandonné à Abd-el- Kader. Onluj livrai) la province il«' ritéry,onlui remettait les clés de la citadelle il<' riemcen. l i en <■■ nange de lanl de concessions, il s'engageait à foui un à l'armée Française trente mille ranègues <l Oran de froment, trente milaa fa-
- .1 Oran d orge, cinq mille bœufs. Hélait, d'ailleurs, convenu que les Koulouglia qui voudraient rester I riemcen, ou ailleurs, j posséderaient librement leurs pro pi iétés el j seraient traites i omme les Hadars.
-m tout cela il n j eut, en i rance, qu'un cri d'étonnémenl el d indignation L'entrevue du gém rai Bugaaud i\.. \M el Kader ne se pouvait séparer des circonstances qui I avaient caractérisée elle fol frappée d uuc désapprobation énergique el presque unanime Un accusait M. Bu-
i de s être conduit en aventurier plutôt qu eu gêné • r;ii. ii d'avoir exposé dans sa personne la dignité du rommaiidemenl à des affronta que si Irépidilé, ton
froid, nesuûlsaicnl pas à couvrit Hais c'était contre le traita de 11 rafna que s'élevaient les attaquas les plus
Quoi! après Isnl de sacrilices eo nommes si an
i après lanl d'années employées i noanhattre, on raina Dire plus i ruel ennemi de I ancie • ré
■ iicdc « ii.ni.
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gence presque tout entière! Quoi! l'on condamnait la France à camper misérablement sur le littoral, pressée, resserrée, étouffée entre l'ennemi et la mer ! Quel revers nous avait donc réduits à un tel excès d'humilité dans notre ambition ? Le traité qui nous dépouillait était-il le résultat forcé de quelque terrible défaite, de quelque irréparable désastre? Étions-nous en Afrique sans ressources, ~an> armée.' Non. car 15,000 hommes avaient été reunis à Oran : des dépenses considérables avaient été déjà faites pour une campagne-, une guerre à mort était annoncée: le soldat était sur de vaincre. Kl c'était du sein des plus formidables préparatifs qu'on faisait sortir une paix semblable! Et, avant même de s'être mesuré avec l'émir, on lui cédait la province de Titéry, Scherchell, la citadelle de Tlemcen, une portion de la Métidja, des territoires enfin sur lesquels jusqu'alors il n'avait affiché lui-même aucune prétention! Dans la province d'Oran, nous conservions Mazagran et Mostaganem; mais, séparées d'Oran et d \i/ru. ces deux villes ne seraient-elles pas en étal de blocusi ^bd-el-Kader reconnaissait notre souveraineté : concession dérisoire qui lui assurait la réalité .lune puissance dont il ne nous laissait, à nous, que le fantôme.
Ces critiques, que le général Damrémonl sanctionna de ion expérience dans un exposé adressé par lui au président du Conseil, n'étaienl par malheur que trop fondées. ii combien n'eussenl pas été plus véhémentes les plaintes de l 'opinion, si l on eût connu alors ce qu'on apprit seulement l'année suivante par un procès fameux c'est-à-dire que toutes les conditions du traité n'avaient pas été écrites, et quelegénéral Bugeaud avait été autorisé à se faire payer
Ill-Tullll U» Ul\ kNS.
une somme d argent qui. dépensée en chemins vicinaux. ilf\;ni .h . roltre sa popularité électorale !
Quoiqu'il en soit. <>n dut. après te traite de la raina, se demander si l'on pousserai) jusqu'à Constantine. Cette expédition avait été résolue cependant, l'honneur nation. il la commandait, la France l'altendail comme la réparation d'une injure, el c était avec la mission spéciale de l'entre prendre que M, de Damrémonl avail été envoyé en Afrique Hais, prendre t onstantine, n'était-ce pas agrandir encore Vbd-el-Kader, rendu déjà si redoutable par le récent traité? Détruire îhmed. n'était-ce pas déliver l'émir d'un rival, appeler son influence dans l'Est, te signalei aux Arabes comme le représentant, désormais unique, des
haines allun s par la conquête? Cette considération pesa
sans nul doute >m les délibérations du Conseil; carie . omtede Damrémonl recul ordre de négocier avec Ihmed On lui demandai) de rembourser les frais de la guerre, de se reconnaître vassal de la France, de paver tribut, l ui, comptant sur les secours de la Porte, il se retrancha d'à
bord ilans île vagues réponses | ne cse.itlre était pallie
■ le Constantinople avec îles intentions équivoques les
tu- animaux Uallois el l al. unie lui Hrenl rehrousseï
chemin, Ihvssi plus vivement Vhmed refusa, el l'expé • I il •• ut lut résolue
tin- paiiie il s d'août et lu mois de septembre
lurent employés aux i répara tifs i>e Bonc i » onstantine. ,i. ne i ouvrit <\ étapes militaires, Chelmi élail deve
oui la dire n du colonel Duviviei . > véritable
pi. h , de • 1 1 . • 1 1 ■ in camp lui établi aui le plateau de
i \ m. n . choisi comme base des opérations, el ce fm
'. 1. 1 nui ~ jours île septembre i armi •■ w