‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 102 sur 174 · CHAPITRE VI. 31Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 31Î

conversation familière et sans suite, u Pouvons-nous, au (( moins, compter sur la liberté de la presse ? demanda une « voix. — Qui en doute? répondit en jurant M. de La- « borde. » Alors quelques-uns des assistants racontèrent qu'ils avaient rédigé une proclamation pour laquelle ils n'avaient pu trouver d'imprimeurs , et que ceux à qui ils s'étaient adressés leur avaient montré une défense expresse portant la signature du duc de Broglie. a Prenez garde, (( Messieurs, disait avec un sourire incrédule M. de Ld- « fayette, il n'est sorte de moyens qu'on n'emploie àcer- (( taines époques ! Que de fois, pendant notre première (( révolution, n'a-t-on pas calomnié ma signature? )> Voilà dans quels vains propos M. de Lafayette consumait, à THôtel-de-Ville, les heures précieuses qu'on mettait si bien à profit à l'hôtel Laiïitte ! Mais un incident extraordinaire vint ranimer les esprits. La porte du cabinet de M. de Lafayette s'ouvre, et on annonce tout bas au général la visite d'un pair de France. « Qu'il entre. — Mais il désire un « entretien particulier. — Qu'il entre, vousdis-je. Jesuis (( ici au milieu de mes amis, et ce qu'on me demande, ils (c peuvent l'entendre. » Le pair de France fut introduit. C'était le comte de Sussy. Son visage paraissait abattu, et des larmes roulaient dans ses yeux. Il tendit à M. de Lafayette les ordonnances qu'à la chambre des députés on avait refusé de recevoir. M. deLafayette lui adressa sur les liens de parenté qui unissaient les Lafayette aux Mortemart quelques paroles où perçait le républicain-grand- ^eigneur • et, prenant les papiers qu'on lui présentait, il les étalait comme un jeu de cartes devant ses jeunes amis. On n'en eut pas plutôt appris le contenu, qu'un cri de fureur retentit dans toute la salle. « Nous sommes joués ! qu'est-ce

" à dire? des ministres nouveaux nommés par Charles X ! Non ! non ! plus de Bourbons ! » Et les républicains présents se regardaient Fun l'autre avec inquiétude. Un d'eux, M. Bastide, s'élance vers M. de Sussypour le précipiter du haut desfenètres de THôtel-de-Ville. a Y songes-tu, lui dit ({ Trélat en le retenant, un négociateur! » Alors M. de Lafayette, toujours calme au sein de l'agitation, se retourne vers M. de Sussy avec un geste expressif, et l'engage en souriant à se rendre auprès de la commission municipale. Le général Lobau se présente en ce moment et s'offre à guider le comte. Quelques instants après, inquiets de ce qui va se passer, les membres de la députation républicaine (juittent M. de Lafayette pour suivre M. de Sussy. Les uns s'égarent dans rH6tel-de-Ville, les autres trouvent la porte du cabinet de la commission municipale fermée. Ils demandent à entrer : on ne leur répond pas ^ indignés, ils ébranlent la porte à coups de crosse. On leur ouvre enfin, et ils aperçoivent le comte de Sussy causant amicalement avec les membres de la commission municipale. Seul, M. Audry de Puyraveau avait une attitude passionnée. (( Remportez vos ordonnances, s'écrie-t-il alors. Nous ne (( connaissons plus Charles X. » On entendait en même temps la voix retentissante d'Hubert, lisant pour la seconde fois l'adresse delà réunion Lointier.

M. Odilon Barrot se hâta de prendre la parole au nom delà commission municipale. Il combattit avec mesure et habileté des opinions qui venaient d'être exprimées, et ce fut lui qui, dans cette occasion, prononça ces mots attribués depuis au général Lafayette : <( Le duc d'Orléans est (c la meilleure des républiques. » Pendant qu'il parlait, M. Mauguin laissait éclater sur son visage les signes d'une

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