CHAPITRE VI
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désapprobation marquée, et plus d'une fois ses gestes té^ moignèrent de son mécontentement.
Le comte de Sussy, découragé, alla demander à M. de Lafayette une lettre pour le duc de Mortemart ; et la députation républicaine se disposait à sortir, lorsque, s'approchant d'Hubert et tirant un papier de sa poche, M. Audry de Puyraveau lui dit avec vivacité : a Tenez, voici une « proclamation que la commission municipale avait d'a- <c bord approuvée et qu'elle ne veut plus maintenant puce blier. 11 faut la répandre. )> A peine sur la place, Hu« bert monta sur une borne, et lut à la foule la proclamation qu'il venait de recevoir. Elle était ainsi conçue :
« La France est libre.
« Elle veut une constitution.
« Ellen^accordeau gouvernement provisoire que le droit « de la consulter.
« En attendant qu'elle ait exprimé sa volonté par de « nouvelles élections, respect aux principes suivants : « Plus de royauté 5
« Le gouvernement exercé par les seuls mandataires^ « élus de la nation •
« Le pouvoir exécutif confié à un président temporaire ;
« Le concours médiat ou immédiat de tous les citoyens « à l'élection des députés ;
« La liberté des cultes : plus de culte de l'État 5 "
« Les emplois de Farmée de terre et de Farmée' de mer « garantis contre toute destitution arbitraire;
« Établissement des gardes nationales sur tous les « points de la France. La garde de la constitution leur <i est confiée ;
Les principes pour lesquels nous venons d'exposer
(( notre vie, nous les soutiendrons au besoin par l'insur- (( rection légale. »
Cette proclamation fixe d'une manière très-précise la limite à laquelle s'arrêtaient en 1830 les esprits les plus aventureux, si on excepte pourtant quelques rares disciples de Saint-Simon. Que la religion de rÉtatfùt abolie-, qu'un président fût mis à la place d'un roi ^ que le suffrage universel à un degré ou même à deux degrés fût établi i là venait mourir l'audace des plus bruyants novateurs. Mais la société serait-elle plus heureuse quand le droit de la diriger moralement aurait été enlevé à l'État? Le renversement de la royauté suffirait-il pour rendre désormais impossible dans les relations civiles la tyrannie du capitaliste sur le travailleur ? Le suffrage universel devait-il être proclamé comme un hommage rendu à un droit métaphysique, ou comme un moyen sûr d'arriver au changement de l'ordre social tout entier? De telles questions étaient trop hautes pour l'époque, et plus d'une tempête devait éclater avant qu'on songeât à les résoudre. En 1830 on ne songeait pas même à les poser.
Quoi qu'il en soit, les républicains avaient, vis-à-vis d'un peuple en mouvement, cet avantage immense que leschoses par eux voulues étaient ce qu'il y avait alors de plus net et de plus nouveau. Mais ils manquaient d'organisation, et surtout de chef. Pour juger de l'impulsion que M. de Lafayette était en état de donner aux événements, il suffît de rapprocher des circonstances où elle fut écrite, la lettre suivante, adressée par lui au duc de Mortemart et remise à M. de Sussy :
(( Monsieur le duc, ■ « J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de