CHAPITRE VII
mas : Voici un beau colonel, insinuations empruntées à une habileté vulgaire et qui furent repoussées avec dédain .
On se rendit au Palais-Royal. Les visiteurs étaient MM. Boinvilliers, Godefroi Cavaignac, Guinard, Bastide, Thomas et Chevallon. M. Thiers leur servait d'introducteur. Ils attendirent assez long-temps dans la grande salle située entre les deux cours du Palais-Royal, et déjà leur impatience éclatait en menaces, lorsque le lieutenant-général entra d'un air gracieux et le sourire sur les lèvres. La scène se passait aux flambeaux. Le duc exprima poliment à ces Messieurs le plaisir qu'il éprouvait à les recevoir, mais son regard semblait les interroger sur le motif de leur visite. Ils furent étonnés, et M. Boinvilliers, prenant la parole, désigna celui qui était venu, au nom du lieutenant-général lui-même, les inviter à une semblable démarche. M. Thiers parut légèrement embarrassé, et le duc répondit d'une manière équivoque. Ces puérilités servirent de prélude à une conversation grave.
(( Demain, dit M. Boinvilliers au prince, demain vous « serez roi. »
A ces mots, le duc d'Orléans fit presqu'un geste d'incrédulité. Il dit qu'il n'avait pas aspiré à la couronne, et qu'il ne la désirait pas, quoique beaucoup de gens le pressassent avec ardeur de l'accepter.
« Mais enfin, continua M. Boinvilliers, en supposant que <( vous deveniez roi, quelle est votre opinion sur les traités (( de 1815.^ Ce n'est pas une révolution libérale, prenez-y (( garde, que celle qui s'est faite dans la rue, c'est une « révolution nationale. La vue du drapeau tricolore, voilà « ce qui a soulevé le peuple, et il serait certainement plus lacile de pousser Paris vers le Rhin que sur Saint-Cloud.»
Le duc d'Orléans répondit qu'il n'était point partisan des traités de 1815 ^ mais qu'il importait de garder beaucoup de mesure vis-à-vis des Puissances étrangères , et qu'il y avait des sentiments qu'il ne fallait pas exprimer tout haut.
La seconde question que M. Boinvilliers lui adressa était relative à la pairie.
« La pairie, disait M. Boinvilliers, n'a plus de racines « dans la société. Le Code, en morcelant les héritages, a « étouffé l'aristocratie dans son germe, et le principe de « l'hérédité nobiliaire a aujourd'hui fait son temps. »
Le duc prit la défense de l'hérédité de la pairie, mais avec mollesse. Jl la considérait comme formant la base d'un bon système de garanties politiques, a Du reste, « ajouta-t-il, c'est une question à examiner, et si la pairie « héréditaire ne peut exister, ce nest pas moi qui Védi- « fierai à mes frais. » Le duc parla ensuite des cours royales et de la nécessité d'en respecter l'organisation, tout en rappelant des procès qu'il avait perdus ; il s'éleva contre la république avec beaucoup de fermeté ^ il avoua qu'il avait été républicain, mais il condamnait ce système, surtout dans son application à la France.
« Monseigneur, lui dit alors M. Bastide avec une douceur « presque ironique, dans Tintérêt même de la couronne, « vous devriez convoquer des assemblées primaires. »
Le prince retira sa main qu'il appuyait négligemment sur le bras de M. Bastide, fit deux pas en arrière, changea de visage, et, s'emparant de la parole avec vivacité, il s'étendit sur la révolution, sur ses excès, sur tant de pages funestes à mettre à côté de quelques pages glorieuses ^ — et il montrait du doigt deux tableaux représentant la