‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 122 sur 174 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

bataille de Jemmapes et celle de Valmy. — Il continuait et attaquait en termes fort clairs le système suivi par la Convention, lorsqu'attachant sur lui un regard dur et fixe qui déjouait le sien, M. Godefroi Cavaignac s'écria rudement : « Monsieur, vous oubliez que mon père était de la « Convention ? — Le mien aussi. Monsieur, répliqua le duc « d'Orléans, et je n'ai jamais connu d'homme plus res- « pectable. » Les assistants étaient attentifs à ce débat entre deux fils de régicides. Le duc d'Orléans se plaignit des calomnies répandues contre sa famille, et comme M. Boinvilliers avait manifesté la crainte de voir les carlistes et le clergé encombrer les avenues d'un trône nouveau : « Oh! pour ceux-là, s'écria le duc énergiquement, « ils ont porté de trop rudes coups à ma maison : une <( barrière éternelle nous sépare. » Puis, s'enivrant de sa propre parole et oubliant tout-à-fait son entrevue avec M. de Mortemart, il parla d'une rivalité, rivalité longue et terrible. « Vous savez ce que sont les haines de famille? (( Eh bien ! celle qui divise la branche aînée et la branche « cadette des Bourbons ne date pas d'hier : elle remonte « à Philippe, frère de Louis XIV. )> Il fit l'éloge du régent : le régent avait été horriblement calomnié ^ on n'avait pas su tous les services qu'il voulait et pouvait rendre^ beaucoup de fautes lui avaient été injustement imputées, etc., etc. Il aborda ainsi bien des sujets divers, s'exprimant sur toute chose longuement, sans éclat, sans profondeur, mais non sans maturité, et avec une facilité d'élocution remarquable. Peut-être cédait-il de la sorte à un entraînement vaniteux. Peut-être aussi était-il bienaise de montrer en quoi son éducation avait différé de celle des autres princes, moins habile en cela, toutefois, que

M. de Talleyrand, à qui l'Europe crut du génie parce qu'il avait passé la moitié de sa vie à parler en monosyllabes, et l'autre moitié à se taire.

Au moment où les républicains allaient sortir , le duc d'Orléans leur dit d'une voix caressante : « Vous revien- « drez à moi : vous verrez ! » Et le mot jamais ayant retenti à son oreille, «il ne faut jamais prononcer ce <( mot », ajouta-t-il, en rappelant un aphorisme vulgaire, et comme un homme qui croit peu aux convictions intraitables.

Ces jeunes gens qui, pendant trois jours avaient combattu mêlés au peuple, se retirèrent l'àme oppressée, k Ce « n'est qxi'un Deux- cent -vingt- un ^ » dit en sortant M. Bastide.

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