‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 131 sur 174 · CHAPITRE VIII. .TT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. .TT

Au reste, pour couvrir ce qu'il pouvait y avoir de dangereux dans cet empressement à désarmer la révolution, les chefs de la bourgeoisie éclataient en démonstrations patriotiques. Les journaux célébraient la grandeur des Parisiens sur le ton de Tépopée. Des souscriptions étaient ouvertes de toutes parts : adoucissement amer au deuil de tant de familles î On faisait le compte des morts, on s'intéressait au sort des blessés ^ en un mot, on étourdissait le peuple avec son propre enthousiasme. Au milieu de ces distractions héroïques et touchantes, les menées des ambitieux paraissaient moins.

Les hôpitaux étaient encombrés de blessés. On résolut au Palais-Royal de leur faire une solennelle visite. La duchesse d'Orléans, Madame Adélaïde, et les princesses Louise, Marie et Clémentine, se rendirent à l'Hôtel-Dieu. accompagnées de MM. Barbé-Marbois,Berthois, Alexandre de Laborde, Delaberge, Degousée, etc.. . En entrant dans ces funèbres dortoirs, où tant de souffrances étaient rassemblées, les jeunes princesses éprouvèrent un saisissement douloureux. La duchesse d'Orléans ressentit une vive émotion, à peine tempérée par la gravité naturelle de son maintien. Trop élevée par sa piété au-dessus des choses de ce monde, pour abaisser à un calcul d'intérêt un acte d'humanité, elle adressa de douces paroles aux premiers blessés que le hasard plaça sur son chemin : c'étaient des gardes royaux. « Est-ce pour consoler nos enne- (( mis que ces dames viennent? » murmura d'une voix éteinte un combattant de juillet. Ces paroles avaient frappé l'oreille de M. Degousée, qui donnait le bras à la princesse Clémentine. 11 s'approche rapidement de la duchesse d'Orléans et lui dit : a Madame, ceci n'est pas seulement

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(( une visite d'humanité, c'est une visite politique ^ » et il montrait du doigt un lit surmonté d'un drapeau tricolore. Dans ce lit était un jeune homme à qui un boulet avait emporté une jambe. Le feu de la fièvre et celui de Tenthousiasme brillaient dans ses yeux. Madame Adélaïde courut à lui, et, comme elle se répandait en paroles pour le consoler, il dit en levant ses regards vers le drapeau placé sur sa tête : « Voilà ma récompense. — D'où ètes- (( vous, contiima Madame Adélaïde. ^ — De Randan. — Ah ! « tant mieux. Nous avons là un château : vous y passerez (( votre convalescence, n'est-ce pas? » Et se tournant vers M. Degousée, la princesse lui demanda à voix basse : « Eh (( bien, êtes-vous content? » Le soir, M. Degousée dîna au Palais-Royal. Au moment où il se retirait, M. de Berthois lui dit : « Vous ne ferez pas votre chemin ici. Vous dites (( des vérités utiles, mais vous les dites trop crûment. »

On sait ce qui avait déterminé Charles X à abdiquer avec tant d'insouciance. Le Dauphin s'était soumis sans murmure aux volontés de son père-, mais il en gémissait à l'écart, et les suites d'une abdication se peignaient à son esprit sousles plus noires couleurs. Toutefois, il aurait cru calomnier la descendance de Louis XIV, en prêtant à un prince de son sang l'intention d'usurper la couronne. Ces sentiments étaient ceux de la Dauphine. Dans un entretien qu'elle eut, dans la journée du 2 août, avec un des plus fidèles serviteurs de son mari, elle ne parut préoccupée que d'une crainte-, elle se demandait si, sous les auspices du duc d'Orléans, et au milieu des orages d'une régence, le jeune Henri ne serait pas élevé dans des principes contraires aux traditions de la monarchie et dç l'Église. De son côté, Charles X, je le répète, ne pensait

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