CHAPITRE IX. 4J
(( ment de tracer le mode suivant lequel la nation sera con- « sultée sur le choix de ses mandataires : ce doit être là « le principal, on peut même dire Tunique objet de leurs « délibérations. Sur toute autre matière, leurs décisions, (( quelque sages qu'elles puissent être, ne sauraient avoir « qu'un caractère provisoire.... Il serait à désirer que la « réponse au discours du lieutenant-général contînt une « déclaration positive à cet égard : cette assurance calme- (( rait beaucoup d'inquiétudes, et apaiserait des mécon- « tentements prêts à éclater. »
Cet écrit posait nettement la question et révélait l'état des esprits dans toute la portion saine de la bourgeoisie.
Le lieutenant-général ne s'y trompait pas : aussi apportait-il dans toute sa conduite une prudence consommée. Toutes ses paroles respiraient un libéralisme intelligent. S'il parlait de la liste civile, c'était pour se plaindre de tout ce que le chiffre jusqu'alors assigné avait d'écrasant pour le peuple. M. Laflîtte était dans un enchantement inexprimable. M. Dupont (de TEure) lui-même sentait ses défiances se dissiper insensiblement. 11 voyait bien que la révolution allait à la dérive^ mais le poids de son chagrin retombait tout entier sur les doctrinaires , ses collègues ; et, le 4 août, M. Bérard lui avait entendu dire : « Nous « sommes envahis par une faction aristocratico-doctri- (( naire , qui emploie tous ses efforts à faire avorter les a germes de liberté semés par la Révolution. Je n'ai d'es- <( poir que dans la loyauté du duc d'Orléans, qui me pa- (( raît animé des meilleures intentions , mais qui n'a pas (( toujours le degré de lumières que l'on pourrait désiu rer. »
Le lietenant-général , en effet , ne se montrait ni impatient, ni avide de domination. Il semblait attendre qu'on vînt à lui, soit qu'il voulût faire bien sentir à la bourgeoisie, dont le triomphe était lié à son élévation, combien sa personne lui était nécessaire, soit qu'il ne fût pas fâché de se présenter à sa famille et à l'Europe comme une victime du bien public.
De leur côté, les courtisans ne paraissaient pas craindre de perdre sa faveur, en faisant violence à son patriotisme. La responsabilité de toutes les mesures jugées utiles, ils l'assumaient avec une sorte d'intrépidité bruyante, et mettaient beaucoup de soin à compromettre leur popularité, pour mieux ménager celle du prince, bien convaincus d'ailleurs que ce dévoùment ne resterait pas sans récompense, quoiqu'il eût cessé d'être périlleux.
Leur zèle à cet égard allait si loin, que , dès le 3 août, le droit avait été accordé aux ducs de Chartres et de Nemours d'assister aux séances de la Chambre des pairs. Cette distinction, créée en faveur d'un jeune homme et d'un enfant, dut paraître et parut extraordinaire le lendemain d'une révolution faite contre les privilèges de naissance. Mais, comme le lieutenant-général n'avait jamais fait mystère de son dédain pour ces enfantillages monarchiques -, comme son langage et ses manières avaient été jusque-là d'un honnête plébéien 5 comme enfin il était en France le premier prince qui eût mis ses enfants au collège, les esprits peu clairvoyants purent croire que c'était contre son gré qu'avait lieu l'admission des ducs de Chartres et de Nemours à la Chambre des pairs.
Sa conduite, du reste, éloignait toute défiance. Jamais prince n'était allé au-devant de la popularité avec plus de