‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 158 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cret sur Tensemble de la proposition, lorsque le vénérable Labbey de Pompières demande que les votants écrivent leurs noms sur un registre. M. Bérard appuie la motion, mais beaucoup n'ont pas le courage d'un public aveu. Le don de la couronne de France est voté comme un simple article du règlement.

Seul de tous les députés de l'opposition, M. de Cormenin s'abstint de voter. Suivant lui, consulter le peuple était indispensable, puisqu'on adoptait le principe de la souveraineté du peuple. Il s'était donc rendu à la Chambre comme spectateur, non comme législateur. Déjà, dans la séance du 30, il avait repoussé, par un noble scrupule, le titre de commissaire des travaux publics, que lui apportait un message de l'Hôtel-de-Ville. Plus tard, il avait refusé son concours à la nomination d'un lieutenant-général. Maintenant, tandis que tous ses collègues, les uns par aveuglement, les autres par calcul, s'abandonnaient au flot des circonstances, immobile sur son banc, l'inilexible logicien protestait une fois encore contre une usurpation sans exemple.

Quelques jours après, il publia sa démission en ces termes : « Je n'ai pas reçu du peuple un mandat consti- « tuant, et je n'ai pas encore sa ratification. Placé entre (( ces deux extrémités, je suis absolument sans pouvoir « pour faire un roi, une Charte, un serment. Je prie la <( Chambre d'agréer ma démission. Puisse ma patrie être (( toujours glorieuse et libre ! » Les carlistes poussèrent un cri dejoie^et, pour atténuer l'effet de cette démission, quelques orléanistes répandirent le bruit que M. de Cormenin était un carliste déguisé. Mais la calomnie devait passer : la protestation resta.

Voici quel fut le résultat du scrutin d'où sortit une royauté :

Nombre des votants : 252 Boules blanches, 219

Boules noires, 33

L'appel nominal n'était pas terminé que M. Dupin se présentait montrant un ruban tricolore à sa boutonnière ; et Ton votait par acclamation que la France reprendrait ses couleurs.

Peu d'instants après, les habitants de la rue Saint-Honoré regardaient passer avec surprise quelques bourgeois qui se dirigeaient, quatre à quatre, vers le Palais-Royal. Ces bourgeois allaient apprendre au duc d'Orléans qu'il était roi.

Le lieutenant-général reçut les députés, entouré de sa famille^ et M. Laffîtte ayant lu la déclaration, le prince répondit d'un ton modeste et pénétré :

« Je reçois avec une profonde émotion la déclaration « que vous me présentez. Je la regarde comme Texpres- (( sion de la volonté nationale, et elle me paraît conforme (( aux principes politiques que j'ai professés toute ma « vie.

(( Rempli de souvenirs qui m'ont toujours fait désirer (( de n'être jamais appelé au trône, exempt d'ambition, « et habitué à la vie paisible que je menais dans ma face mille, je ne puis vous cacher tous les sentiments qui « agitent mon cœur dans cette grande conjoncture ^ mais « il en est un qui les domine tous, c'est l'amour de mon «( pays. Je sens ce qu'il me prescrit, et je le ferai. )>

En disant ses mots, il se jeta dans les bras de M. Laffîtte, et parut avec lui et M. de Lafayette sur le balcon,

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