‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 160 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

par exemple. Chateaubriand secoua tristement la tête. 11 répondit que de tout ce qu'il venait d'entendre, ce qui touchait le plus son cœur, c'était l'intérêt de la France si profondément troublée -, qu'il n'attendait rien et ne voulait rien accepter d'un régime élevé sur la ruine de ses espérances ^ mais que , puisque son discours pouvait jeter dans son pays des semences de haines, il en adoucirait les formes. Cette négociation singulière avait lieu la veille du 7 août.

Le lendemain, la Chambre des pairs s'étant rassemblée à neuf heures et demie du soir, le président lut la déclaration de la Chambre des députés , après quoi le vicomte de Chateaubriand se leva et s'exprima en ces termes au milieu du plus profond silence :

« Messieurs , la déclaration apportée à cette Chambre <c est beaucoup moins compliquée pour moi que pour (( ceux de MM. les pairs qui professent une opinion dif- « férente de la mienne. Un fait, dans cette déclaration, (( domine, à mes yeux , tous les autres, où plutôt les dé- <( truit.-Si nous étions dans un ordre de choses régulier, « j'examinerais sans doute avec soin les changements (( qu'on prétend opérer dans la Charte. Plusieurs de ces « changements ont été par moi-même proposés. Je m'e- « tonne seulement qu'on ait pu entretenir la Chambre (c de cette mesure réactionnaire , touchant les pairs de <( la création de Charles X. Je ne suis pas suspect de (c faiblesse pour les fournées^ et vous savez que j'en ai « combattu même la menace, m-iis nous rendre les juges « de nos collègues , mais rayer du tableau des pairs qui <( l'on voudra, toutes les fois qu'on sera le plus fort, « cela ressemble trop à la proscription. Veut-on détruire

« la pairie? Soit. Mieux vaut perdre la vie que de la « demander, »

Après ces paroles qui disaient honte à rassemblée de sa patience dans l'abaissement , Torateur cherche quelle forme de gouvernement est désormais applicable à la France. La république ne lui paraît pas possible-, mais la monarchie Test-elle aux conditions qu'on lui fait? « La « monarchie, s'écrie-t-il, sera débordée et emportée par (( le torrent des lois démocratiques, ou le monarque par « le mouvement des factions. »

Avant de passer à la solution la meilleure, selon lui, du problème formidable posé devant la France, M. de Chateaubriand rend hommage a l'héroïsme du peuple de Paris.

(( Jamais, dit-il, défense ne fut plus juste, plus hé- « roique que celle du peuple de Paris. Il ne s'est point « soulevé contre la loi , mais pour la loi ^ tant qu'on a « respecté le pacte social, le peuple est demeuré paisible. « Mais lorsqu'après avoir menti jusqu'à la dernière heure, « on a tout-à-coup sonné la servitude ^ quand la conspi- « ration de la bêtise et de l'hypocrisie a soudainement « éclaté ; quand une terreur de Château organisée par des « eunuques, a cru pouvoir remplacer la terreur de la ré- « pubhque et le joug de fer de l'Empire , alors ce peuple « s'est armé de son intelligence et de son courage. Il s'est (( trouvé que ces boutiquiers respiraient assez facilement (( la fumée de la poudre , et qu'il fallait plus de quatre « soldats et un caporal pour les réduire. Un siècle n'au- (( rait Das autant mûri un peuple que les trois derniers « soleils qui viennent de briller sur la France. »

L orateur parle ensuite du duc de Bordeaux. N'aurait-

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