CHAPITRE IX
on pu respecter en lui ce principe de légitimité si nécessaire à l'existence des monarchies? Le duc d'Orléans aurait servi de tuteur à l'enfant royal. Il l'aurait conduit, en qualité de régent, jusqu'à l'époque de sa majorité^ et une pareille combinaison, en maintenant l'inviolabilité du dogme monarchique, aurait, peut-être, épargné à la France de périlleux ébranlements.
Faisant sur lui-même un retour amer : « Inutile Cassandre, s'écrie-t-il, j'ai assez fatigué le trône et la pairie ( de mes avertissements dédaignés. Il ne me reste plus qu'à m'asseoir sur les débris d'un naufrage que j'ai tant de fois prédit. Je reconnais au malheur toutes les sortes ( de puissance, excepté celle de me délier de mes serments ( de fidélité. Je dois aussi rendre ma vie uniforme. Après ( tout ce que j'ai fait, dit et écrit pour les Bourbons, je ( serais le dernier des misérables si je les reniais au mo- ( ment où pour la troisième et dernière fois, ils s'ache- ( minent vers l'exil. »
Enfin, après avoir foudroyé la lâcheté de tous ces ardents royalistes qui, parleurs exploits projetés, ont fait chasser les descendants de Henri IV à coups de fourches, et qu'il montre accroupis maintenant sous la cocarde tricolore : (( Quelles que soient, dit-il, en terminant, les destinées (( qui attendent M. le lieutenant-général, je ne serai jamais (( son ennemi s'il fait le bonheur de ma patrie. Je ne dece mande à conserver que la liberté de ma conscience et le « droit d'aller mourir partout où je trouverai indépen- (( dance et repos. »
Ces plaintes éloquentes tombaient sur des cœurs glacés. La pairie ne discuta que la mesure qui tendait à la décimer. Mais l'atteinte portée à sa dignité par l'autreChambre
la trouvait tellement insensible, que, sur la question de savoir si elle serait aussi outrageusement mutilée, elle déclara s'en rapporter à la haute prudence du prince. Elle ajoutait elle-même à son humiliation par cette éclatante flatterie. Une députa tion fut nommée pour aller porter au Palais-Royal les félicitations de ce premier corps de l'État. Elle s'avança vers le prince, respectueuse et calme sous l'injure. Le prince fit à ces grands seigneurs une réponse banale. La pairie était déjà morte en France.
Il ne restait plus qu'à donner à la transmission de la couronne la sanction des formes et ce genre de légitimité que l'imbécillité publique attache au prestige d'un cérémonial imposant. Tout fut donc préparé le lundi, 9 août, pour une séance royale. On éleva, au Palais-Bourbon, un trône ombragé de drapeaux tricolores et surmonté d'un dais en velours cramoisi. Devant le trône trois pliants étaient disposés pour le lieutenant-général et ses deux fils aînés. Une table recouverte de velours, où se trouvaient l'écritoire et la plume devant servir à la signature du contrat, séparait du trône le pliant destiné au prince, emblème de l'intervalle qu'il avait à franchir pour atteindre à la royauté. Le duc d'Orléans fit son entrée au son de la Marseillaise et au bruit du canon des Invalit s. Quand il eut pris place, il se couvrit, et invita les membres des deux Chambres à s'asseoir, changeant ainsi, dans un objet frivole, ce qui touche le plus les hommes, le cérémonial d'usage. Car ses prédécesseurs ne s'adressaient qu'à la Chambre des pairs, et faisaient dire à la Chambre des députés par l'organe du chancelier . « Messieurs, le roi vous « permet de vous asseoir. Le prince invita M. Casimir Périer, président de la Chambre des députés, à lire la dé-
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Piibhé par Paôneire
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