CHAPITRE IX
Clara tion du 7 août. M. Périer fit cette lecture d'une voix ferme, insistant sur plusieurs passages, sur celui-ci, par exemple : le trône est vacant en fait et en droit. Au dernier article, Casimir Périer ayant dit : « Appelle au trône « S. A. Pi. Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, » le lieutenant-général, qui suivait la lecture avec la plus sévère attention, reprit vivement : « Louis-Philippe. » Le baron Pasquier ayant lu, à son tour, l'acte d'adhésion de la pairie, les deux actes furent remis au lieutenant-général, qui les transmit à M. Dupont (de l'Eure), remplissant les fonctions de garde-des-sceaux. Le lieutenant-général lut son acceptation en ces termes :
« Messieurs les pairs, Messieurs les députés, j'ai lu avec <(. une grande attention la déclaration de la Chambre des « députés et Tacte d'adhésion de la Chambre des pairs. « J'en ai pesé et médité toutes les expressions.
« J'accepte, sans restriction ni réserve, les clauses et « engagements que renferme cette déclaration, et le titre <( de roi des Français qu'elle me confère, et je suis prêt à « en jurer l'observation. »
Le duc se lève alors , ôte son gant , se découvre , et prononce la formule du serment que lui remet Dupont (de TEure) :
« En présence de Dieu, je jure d'observer fidèlement « la Charte constitutionnelle, avec les modifications ex- « primées dans la déclaration -, de ne gouverner que par « les lois et selon les lois -, de faire rendre bonne et exacte « justice à chacun selon son droit, et d'agir en toute chose « dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la (( gloire du peuple français, )>
Au milieu des cris de Vive le roi! qui accueillent ces paroles, Louis-Philippe signe les trois originaux de la
Charte et de son serment, qui doivent être déposés aux archives du royaume et dans celles des deux Chambres. En ce moment, les quatre maréchaux déploient les attributs de la royauté : le sceptre, la couronne, Tépée et la main de justice. On enlève le pliant sur lequel le prince s'est assis, et le nouveau roi monte alors sur le trône, se couvre, et fait signe qu'il va parler :
« Je viens, dit-il, de consacrer un grand acte. Je sens « profondément toute l'étendue des devoirs qu'il m'im- « pose. J'ai la conscience que je les remplirai. C'est avec « pleine conviction que j'ai accepté le pacte d'alliance qui (( m'était proposé.
« J'aurais vivement désiré ne jamais occuper le trône « auquel le vœu national vient de m'appeler- mais la (( France, attaquée dans ses libertés, voyait l'ordre public « en péril- la violation de la Charte avait tout ébranlé; il « fallait rétablir l'action des lois, et c'est aux Chambres « qu'il appartenait d'y pourvoir. Vous l'avez fait, Mes- « sieurs : les sages modifications que nous venons de (( faire à la Charte garantissent la sécurité de l'avenir, et (( la France, je l'espère, sera heureuse au dedans, reste pectée au dehors, et la paix de l'Europe de plus en plus (( assurée. »
Le duc d'Orléans était roi. Il fut appelé Louis-Philippe I". On n'avait voulu donner à ce continuateur incertain des trente-cinq Capets ni le nom de Philippe V, qui était un engagement pris avec le passé, ni le nom de Philippe 1", qui semblait ouvrir au peuple un avenir nouveau. Au titre de roi de France fut substitué celui de roi des François, ces innovations dans les mots paraissant propres à donner le change à la multitude.