CHAPITRE I
recevoir, à l'imminence d'une catastrophe. « Jouez à la (( baisse, ajouta-t-il, on le peut. »
Le 24, en effet, les ministres avaient tenu conseil à Paris, et le sort de la monarchie en France y avait écé discuté pour la dernière fois.
Les ministres ne mettaient pas en doute la nécessité d'un coup d'État. La proposition en avait été faite formellement au Conseil par M. de Chantelauze, dans les premiers jours de juillet ^ Sortir audacieusement delà légalité était le but que M. de Polignac s'était proposé. MM. d'Haussez et de Chantelauze avaient presque fait de l'adoption des mesures les plus vigoureuses la condition de leur entrée au ministère. Mais, sur Topportunité du coup d'État, M. de Guernon-Ranville élevait plus que des doutes. (( Les élections, disait-il, ont prononcé contre (( nous. N'importe. Laissons la Chambre s'assembler. Si, (( comme il est probable, elle refuse son concours, il res- (( tera démontré auv ^eux des peuples que c'est elle qui « rend le gouvernement impossible. La responsabilité (( d'un budget refusé ne saurait peser sur la Couronne. « Notre situation alors sera bien plus favorable, et nous « pourrons aviser bien plus aisément au salut de la mo- (( narchie. »
M. de Guernon-Ranville avait une facilité oratoire qui lui permettait d'affronter les débats de la Chambre. Ces motifs n'existaient pas pour ses collègues. M. de Peyronnet n'avait rien d'entraînant dans son langage. M. de
' Tous les ministres furent unanimes sur la nécessité des ordonnances et sur le droit de les rendre. M. de Ranville, seul , désirait qu'on en ajournât l'exécution de quelques semaines. Ce n'était qu'une question de temps.
(Note manuscrite de M. de Polignac)
Chantelauze était animé d'une sorte d'ardeur maladive qui supportait malaisément la discussion. MM.dePolignac, de Montbel, Capelle, d'Haussez, n'étaient pas hommes de tribune. Ces considérations avaient prévalu, et on était décidé à prévenir la Chambre, lorsqu'eut lieu, le 24, la réunion des ministres.
La première question qu'on y agita était relative au mode électoral à établir. M. d'Haussez n'approuvait pas le travail préparatoire de M. de Peyronnet. Il pensait que, puisqu'on voulait s'affranchir de la légalité, il fallait le faire plus complètement et plus hardiment ^ qu'il était tout aussi dangereux et moins profitable d'altérer le système électoral que de le détruire; que les riches, nobles ou bourgeois, étant les soutiens naturels de la royauté, c'était sur eux qu'il convenait de l'appuyer, et qu'en conséquence, le meilleur parti à prendre était d'appeler provisoirement à faire les lois, les plus imposés de chaque département, en nombre égal à celui des députés. Ce projet, dont l'audace était du moins logique, ne fut pas adopté.
Le système électoral de M. de Peyronnet avait aussi été combattu par M. de Guernon-Ranville, qui finit par lui dire : « Autant valait réduire votre ordonnance à quatre « lignes et régler que les députés seraient élus par les « préfets des départements. »
On passa ensuite à l'examen des forces dont on pouvait disposer. Sous ce rapport, plusieurs ministres n'étaient pas sans avoir conçu de vives inquiétudes. M. de Polignac, au départ de M. de Bourmont, avait ajouté à ses fonctions de président du Conseil celles de ministre de la guerre. Double fardeau, bien lourd pour une tête aussi faible ! C'est en vain qu'en partant, M. de Bourmont avait