‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 32 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d'une presse qui n'avait pas encore donné un seul pul)liciste à la pauvreté, un nombre suffisant de soldats et de martyrs? Parmi les écrivains rassemblés au National^ quelques-uns venaient de traverser Paris : rien n'y annonçait rapproche des orages populaires. On avait dit: Le peuple ne remue pas. Et ce mot était bien propre à glacer les courages.

Aussi ne songea-t-on qu'à protester au nom de la Charte, et la protestation des journalistes, telle que la rédigèrent MM. Thiers, Châtelain et Cauchois-Lemaire, ne fut, en effet, qu'un intrépide et solennel hommage rendu à l'inviolabilité de la loi. On y opposait au pouvoir dictatorial des ordonnances l'autorité du pacte fondamental -, on y invoquait contre les modifications arbitrairement introduites, soit dans le régime électif, soit dans la constitution de la presse, non-seulement les termes de la Charte, mais les décisions des tribunaux et la pratique suivie jusqu'alors par le roi lui-même ^ enfin, la violation de la légalité par le gouvernement y était présentée comme la consécration d'une désobéissance qui devenait par là nécessaire, légitime, et en quelque sorte sacrée. C'était combiner dans une juste mesure la prudence et l'énergie. Conçue dans cet esprit, la protestation fut unanimement adoptée.

Mais fallait-il la revêtir des signatures de tous ceux qui y avaient concouru ? MM. Baude et Coste, Tun administrateur, l'autre rédacteur en chef du Journal le Temps ^ représentèrent que l'influence des journaux tenait en partie au mystère dont les écrivains restaient enveloppés ^ que la solennité d'une semblable résistance serait inévitablement atténuée par la désignation de quelques noms obscurs, et qu'il convenait de laisser toute son action à la puissance

de l'inconnu. M. Thiers répondit qu'il valait mieux assurer à la protestation ce genre de faveur que mérite et obtient toujours le courage. Cet avis prévalut à cause de son apparente hardiesse. Au fond, partager la responsabilité de la résistance et retendre sur tant de têtes, c'était l'affaiblir.

Il faut dire, toutefois, que la plupart des signataires croyaient jouer leur vie, et quelques-uns coururent audevant de la mort avec une véritable magnanimité. Une députation d'étudiants s'étant présentée, M. de Laborde n'hésita pas à les encourager à la révolte. Mais l'opinion de M. Thiers, de M. Mignet et de la plupart des électeurs influents, était qu'il fallait emprunter à la loi elle-même les moyens de la faire triompher. Parmi ces moyens se trouvait le refus de 1 impôt. La Chambre ayant été illégalement dissoute, en refusant l'impôt on ne faisait qu'en appeler à la Charte. Une nouvelle réunion, composée principalement d'électeurs, eut donc lieu diU National. Il s'agissait d'organiser ce mode d'opposition qui, en Angleterre, avait commencé par la résistance de Hampden pour aboutir au supplice de Charles I". Car c'est un des traits caractéristiques de la bourgeoisie française au 19^ siècle d'avoir toujours copié les procédés de l'Angleterre sans les comprendre.

Dans cette réunion s'étaient glissés des hommes ardents^ quelques mesures violentes y furent proposées. M. de Schonen y montrait une exaltation singulière, et ses discours, entrecoupés de sanglots, remuaient profondément l'assemblée. M. Thiers, de son côté, cherchait à calmer cette effervescence. S'adressant aux plus fougueux, il leur demandait où étaient les canons qu'ils opposeraient à l'ar-

'CASIimiIB IPlEMÏÎEÎIi

Page 1