CHAPITRE IV
appris vers dix heures du matin l'ordonnance qui licenciait l'École, ils en étaient sortis, portant pour la plupart l'uniforme de grande tenue. Des cris de Vive l'Ecole polytechnique! les accueillirent dans la rue de la Montagne- Sainte-Geneviève. Ils répondirent par les cris de Vive la Liberté! Vive la Charte! il y en eut un qui, élevant son chapeau en Tair, en arracha la cocarde blanche, la foula aux pieds, et fit retentir ce cri terrible : A bas les Bourbons ! Cet exemple fut promptement suivi. Mais l'École se dispersa, et les efforts des élèves devinrent à peu près individuels -, il en résulta que beaucoup purent être retenus par leurs familles ou leurs correspondants ^ de sorte qu'au lieu de deux cent cinquante qui, n'étant point légitimistes, auraient pris part au combat, soixante seulement combattirent.
Vers dix ou onze heures, MM. Charras et Lothon se présentèrent chez Lafayette : on leur dit qu'il était absent. Une autre députation qui les avait précédés avait reçu du général cette étrange réponse : « Conseillez à vos cama- (( rades de se tenir tranquilles. » Le mouvement était partout, et ceux qui semblaient naturellement appelés à le diriger restaient frappés de stupeur ! Châtelain, rédacteur en chef du Courrier Français^ s'était écrié, en apprenant que le peuple décrochait les armoires des fournisseurs brevetés et les traînait dans le ruisseau : « Que la partie serait « belle pour le duc d'Orléans, s'il avait le cœur de la (( jouer î ))
Cependant le duc de Raguse, ayant reçu à huit heures du matin ses lettres de service, se rendit aussitôt chez M. de Polignac. Alors seulement fut remise au maréchal l'ordonnance royale qui le chargeait du commandement
de la 1"" division militaire. Cette ordonnance aurait dû lui être notifiée la veille -, mais le 27, M. de Polignac avait jugé à propos de mettre, par arrêté spécial, à la tête des régiments de la garde en garnison à Paris, le commandant de la place. Car, d'un côté, M. de Polignac croyait qu'on viendrait fort aisément à bout de ce qu'il regardait comme une simple émeute ^ et de l'autre, il aurait mieux aimé procurer rhonneur de ce petit triomphe à un homme de son parti qu'au duc de Raguse, qui, à la Cour, passait presque pour un libéral.
Quoi qu'il en soit, Paris, le 28, ayant été mis en état de siège, le duc de Raguse se trouva investi, sous la surveillance du premier ministre, d'une véritable dictature militaire. Sa situation était cruelle. En se rangeant du coté des insurgés, il trahissait un roi qui avait compté sur lui -, en faisant prendre le deuil à tant de mères, sans croire même à la justice de sa cause, il commettait une atrocité-, en s'abstenant, il se déshonorait deux fois. De ces trois partis il prit le plus funeste au peuple.
Quoi qu'il en soit, ayant accepté la dictature, il avait un moyen bien simple de dompter l'insurrection : c'était de menacer Paris d'un incendie. Mais il est des hommes qui n'ont ni le courage de la vertu ni celui du crime. Voici quel fut le plan du duc de Raguse.
Les troupes étaient concentrées autour des Tuileries. 11 fut décidé qu'elles partiraient de là et se mettraient en marche vers le sud-est, après s'être, partagées en deux grandes divisions. De ces deux divisions, la première reçut ordre de gagner, en longeant la Seine, la place de Grève et l'Hôtel-de-Ville. La seconde devait parcourir les boulevards depuis la Madeleine jusqu'à la place de la Bas-