‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 52 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la porteSaint-Denis qu'après avoir eu près de trente hommes tués ou blessés. Son brave colonel, M. de Pleineselve, avait été blessé : les soldats le portaient sur un brancard. La rue Saint-Denis, à mesure que le bataillon avançait, s'étail couverte de barricades : il ne put revenir sur ses pas. Le général Quinsonnas resta donc au marché des Innocents avec un petit nombre d'hommes, et enveloppé par l'insurrection.

Pendant que la lutte s'engageait ainsi sur divers points de Paris, voici ce que faisaient les députés. M. Audry de Puyraveau leur avait donné rendez-vous à midi dans son hôtel. M. Audry était puissant et riche, alors. Depuis, il est tombé dans la pauvreté et dans l'abandon • il s'est senti frappé à toutes les parties sensibles du cœur, et aujourd'hui même il erre en pays étranger, n'ayant pu trouver 011 reposer sa tète sur une terre où il avait cru fonder la liberté ! M. Audry se défiait de la fermeté de ses collègues. Avant de leur ouvrir les portes de sa maison, il fit savoir secrètement à plusieurs étudiants et à un grand nombre d'ouvriers qu'une réunion de députés devait avoir lieu chez lui, et que, pour les pousser à une révolution énergique, il fallait leur faire peur. Aussi, en arrivant chez M. Audry de Puyraveau, les députés trouvèrent-ils la cour de l'hôtel remplie d'une foule bruyante et animée. Quelques jeunes gens essayèrent de s'introduire dans la salle de délibération : ce fut en vain 5 mais cette salle était au rez-dechaussée-, les fenêtres étaient ouvertes : il fallut délibérer sous l'œil du peuple. M. Mauguin prit le premier la parole. « C'est une révolution que nous avons à conduire, dit-il : u entre la garde royale et le peuple nous avons à choisir. » Ces mots firent tressaillir MM. Sébastiani et Charles Dupin,

qui s'écrièrent vivement : <( Restons dans l'ordre légal ! « M. de Lafayette se mit à sourire avec dédain- et, pendant que M. Guizot proposait à ses collègues d'intervenir dans l'insurrection comme médiateurs, on apporta la fausse nouvelle que l'Hôtel-de-Ville venait de tomber au pouvoir du peuple. Ce fut alors qu'au milieu de cette assemblée, en proie à une double terreur, M. Guizot se leva, tenant à la main un projet de protestation conçu en ces termes : (( Les soussignés, régulièrement élus à la députation par les collèges d'arrondissements et de départements ci-dessous nommés en vertu de l'ordonnance royale

du , et conformément à la Charte constitutionnelle

et aux lois sur les élections des , et se trouvant

actuellement à Paris, se regardent comme absolument obligés par leur devoir envers le roi et la France, de protester contre les mesures que les conseillers de la Couronne, trompant les intentions du monarque, ont fait naguère prévaloir pour le renversement du système ( légal des élections et la ruine de la liberté de la presse. ( Lesdites mesures , contenues dans les ordonnances

[ des sont, aux yeux des soussignés, directement

: contraires à la Charte constitutionnelle, aux droits constitutionnels de la Chambre des pairs, au droit public des Français, aux attributions et aux arrêts des tribunaux, et propres à jeter l'État dans une confusion qui compromet également la paix du présent et la sécurité de l'avenir. En conséquence, les soussignés, inviolablement fidèles à leur serment au roi et à la Charte constitutionnelle, protestentd'un commun accord, nonseulement contre lesdites mesures, mais contre tous les actes qui en pourraient être la conséquence. Et, atten-

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