‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 53 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(( du, d'une part, que la Chambre des députés, n^ayant <( pas été constituée, n'a pu être légalement dissoute-, u d'autre part , que la tentative de former une autre « Chambre des députés, d'après un mode nouveau et ar- « bitraire, est en contradiction formelle avec la Charte « constitutionnelle et les droits acquis des électeurs, les « soussignés déclarent qu'ils se considèrent toujours (( comme légalement élus à la députation par les collèges « d'arrondissements et de départements dont ils ont ob- « tenu les suffrages, et comme ne pouvant être remplacés « qu'en vertu d élections faites selon les principes et les u formes voulues par les lois. Et si les soussignés n'exer- « cent pas effectivement les droits et ne s'acquittent pas « de tous les devoirs qu'ils tiennent de leur élection lé- {( gale, c'est qu'ils en sont empêchés par une violence (( matérielle contre laquelle ils ne cesseront de protes- « ter. »

Des tlots de sang coulaient dans Paris au moment où M. Guizot donna lecture de cet acte. U fut diversement accueilli. Les uns, comme MM. de Lafayette, Laffîtte, Audry de Puyraveau, Bérard, Daunou, de Schonen, Mauguin, Bavoux, de Laborde, Labbey de Pompières, avaient peine à comprendre qu'on parlât de fidélité au roi et de conseillers ti'ompant les intentions du monarque, au sein d'une ville ravagée et à la lueur de cent combats. Les autres, tels que MM. Charles Dupin et Sébastiani, trouvaient la déclaration téméraire. M. Casimir Périer se faisait remarquer, entre tous, par son agitation convulsive. Il s'approcha de M. LalTitte et lui dit : a II faut absolument « négocier avec Marmont. Quatre millions ici ne seraient (( pas mal employés. » L'idée d'une démarche à faire au-

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près de Marmoiit ne tarda pas à se répandre dans rassemblée. M. Laiïitte est chargé de désigner les cinq membres qui doivent composer la députation. Il nomme MM. Casimir Périer, Mauguin, Lobau et Gérard. Une nouvelle réunion est indiquée pour quatre heures chez M. Bérard. La séance est levée, et les cinq commissaires se mettent en marche pour le quartier-général, après s'être rendus préalablement chez M. Laffîtte pour s'y concerter. En mettant le pied sur la place du Carrousel, M. Casimir Périer, dans l'excès de son trouble, ne put s'empêcher de dire à M. Laffîtte : (( Je crains bien que nous n'allions nous jeter dans « la gueule du loup. )>

Les députés furent précédés auprès du duc de Raguse par M. Arago. Ce jour-là même, dans la matinée, M. Arago avait reçu une lettre de M"'^ de Boignes. Cette dame le conjurait d'aller trouver Marmont, et d'essayer Tempire qu'il avait sur l'esprit du maréchal, afin de sauver Paris dun irréparable désastre. M. Arago hésitait : dans les discordes civiles, la haine est si soupçonneuse! Une noble inspiration le décida. Il fait venir son fils aîné et lui ordonne de le suivre, un père ne pouvant être soupçonné d'avoir voulu faillir en présence de son fils. Ils partent : ils arrivent à rétat-major à travers les balles. Une salle s'ouvre devant eux. Au milieu, une table de billard sur laquelle M. Laurentie rédigeait un article pour la Quotidienne^ et dans toute cette enceinte, la plus effroyable confusion. Les aides-de-camp se croisaient en désordre, pâles, couverts de sueur et de poussière. De la pièce occupée par le général en chef, des dépêches partaient à chaque instant-, mille rumeurs orageuses venaient du dehors, mêlées au bruit des coups de fusil ^ et, réunis là pêle-mêle, les officiers su-

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