CHAPITRE IV
périeurs suivaient avec anxiété les péripéties du comliat, debout, Toreille attentive et le visage altéré.
Quand M. Arago se présenta tout-à-coup avec sa taille colossale, sa puissante tète et son œil ardent, ce fut une agitation terrible. On l'entoure de toutes parts avec des accents de frayeur ou des menaces, comme si on eût vu apparaître en lui quelque soudaine et vivante image du peuple soulevé. Alors un officier polonais, M. Komiérawski, s"approchant de lui rapidement : u Monsieur, si quelqu'un (( porte la main sur vous , je lui fais tomber le poignet « d'un coup de sabre. »
M. Arago est conduit auprès du général en chef. Mais, avant qu'il eût ouvert la bouche, Marmont lui criait d'une voix brève et en étendant le bras :
« Ne me proposez rien qui me déshonore. — Ce que je ( viens vous proposer vous honorerait, au contraire. ( Je ne vous demande pas de tourner votre épée contre ( Charles X-, mais refusez tout commandement, et parlez ( à l'instant même pour Saint-Cloud. — Comment! que ( j'abandonne le poste où la confiance du roi m'a placé! ( que je lâche pied, moi, soldat, devant des bourgeois ( ameutés ! que je fasse dire à l'Europe que nos braves ( troupes ont reculé devant une populace armée de pierres ( et de bâtons ! C'est impossible ! c'est impossible ! vous ( connaissez mes sentiments. Vous savez si je les ai ap- ( prouvées, ces ordonnances maudites ! Mais une liorrible ( fatalité pèse sur moi : il faut c^ue mon destin s'accom- ( plisse. — Vous pouvez combattre cette fatalité. Un moyen vous reste pour effacer dans la mémoire des Parisiens les souvenirs de l'invasion. .. Partez, partez sans retard ! n
En ce moment, un homme s'élance dans la salle d'attente. Il est en veste et porte une casquette de loutre. A Taspect de cet inconnu, on se trouble, on veut l'arrêter, et c'est à peine s il a le temps d'abattre sa casquette d'un revers de main, en s'écriant : « Vous ne me reconnaissez « donc pas ! Je suis Taide-de-camp du général Quinson- « nas. J'ai coupé mes moustaches pour pouvoir arriver « jusqu'ici. )> 11 demande à parler au duc de Raguse. Il lui annonce que les troupes postées au marché des Innocents ont déjà beaucoup souffert^ qu'un renfort est nécessaire. — (( Eh! n'avez-vous pas du canon .^ » — « Du canon, <( Monsieur le maréchal ! mais on ne dresse pas les canons u en Fair î Et que peuvent les canons contre les pavés, les (( meubles qui, de chaque fenêtre, tombent sur la tête des <( soldats? »
On apporta en effet dans la salle voisine un lancier qui venait d'être renversé de cheval. Ce malheureux était tout taché de sang, et son uniforme entr'ouvert laissait voir, enfoncés dans sa poitrine, des caractères d'imprimerie qui avaient été employés en guise de balles.
Le duc de Raguse se promenait à grands pas ^ les mouvements tumultueux de son cœur passaient rapidement sur son visage. « Des bataillons, dit-il avec impatience à Taide- « de-camp ! Je n'ai pas de bataillons à leur envoyer. Qu'ils « se tirent de là comme ils pourront ! »
L'aide-de-camp sortit, et M. Arago reprenant ses exhortations avec une chaleur croissante. — « Eh bien ! . . . mur-
u murait le duc de Raguse ce soir je verrai —
« Ce soir! mais y songez-vous? Ce soir des milliers de <( familles seront en deuil ! Ce soir, tout sera fini ! Et quel (( que soit le sort du combat, votre position sera terrible.