CHAPITRE IV
cet homme. Dans la nuit même qui suivit cette journée sanglante, il disait à un officier nommé Blanchard, ([ui avait une fort belle voix, et qui, le 28, avait fait jouer le canon sur la place de Grève : a Monsieur, j'ai souvent u admiré votre voix ; mais jamais elle ne m'a été au cœur « comme aujourd'hui! ))
Le duc de Raguse, on Ta vu, n'avait accepté qu'en frémissant la mission funeste qui lui avait été imposée. Cependant il avait dû lancer des mandats d'arrestation contre quelques hommes depuis long-temps suspects à la Cour, tels que MM. Lafayette, Laffitte, Audry de Puyraveau , Eusèbe de Salverte, Marchais. Il profita de la visite des députés, pour retirer ces cruels mandats. Sa loyauté lui servait ici de prétexte. Il écrivit ensuite au roi, comme il l'avait promis. C'était la troisième lettre qu'il adressait à Charles X, depuis la mise en état de siège de la capitale. La première s'était égarée. Dans la seconde il disait : « Sire, « ce n'est plus une émeute,c'est une révolution. L'honneur (( de la couronne peut encore être sauvé : demain peut- « être il ne serait plus temps. » Dans la troisième, enfin, après avoir rendu compte au roi de la démarche des cinq commissaires, il le pressait de retirer les ordonnances, tout en lui donnant avis que les troupes pouvaient tenir un mois. M. de Polignac lut cette lettre, et, s'appuyant sur les assurances qu'elle contenait, il écrivit à son tour à Charles X pour l'encourager à une résistance vigoureuse. La dépêche du maréchal fut portée à Saint-Cloud par M. de Komiérowski; mais il ne partit que quelques instants après le courrier que, de son côté, le prince de Polignac expédiait à Charles X. Aussi les recommandations du maréchal ne firent-elles aucune impression sur l'esprit du
roi, qui lui fit répondre par M. de Komiérowski de rassembler les troupes autour du palais des Tuileries et d'agir avec des masses.
Mais déjà il n'était plus temps de placer dans de nouvelles dispositions stratégiques le salut de la monarchie. L'insurrection croissait de minute en minute; tous les quartiers s'ébranlaient. Comment éteindre cet incendie allumé sur mille points divers.? La révolte avait, depuis long-temps, passé la Seine. Le passage Dauphine était une véritable place d'armes d'où sortaient à tout moment des combattants nouveaux. 11 régnait là un enthousiasme qui tenait du délire. Armand Carrel, qui déplorait des combats qu'il jugeait inutiles, s'était rendu au milieu de ses amis, pour leur représenter ce qu'il y avait de nécessairement stérile dans leur héroisme, et, monté sur une table, il était occupé à les haranguer, lorsqu'un pistolet dirigé contre sa poitrine lui montra combien le mouvement était devenu irrésistible. Des clameurs furieuses retentissaient rue de Grenelle-Saint-Germain, autour de l'hôtel du ministre de la guerre. Effrayée, M"*" de Bourmont avait elle-même fait arborer le drapeau tricolore : M. de Champagny le fit disparaître.
Cet officier supérieur ne négligeait rien depuis deux jours pour s'employer au service de sa cause-, mais on lui laissait tout ignorer et on ne le consultait pas. C'était d'un homme parfaitement étranger au ministère de la guerre que le prince de Polignac recevait les informations militaires dont il avait besoin-, et tel était l'esprit de vertige qui avait saisi les chefs, qu'on n'avait pas même songé à prévenir les camps de Lunéville et de Saint-Omer. M. de Champagny en fit la proposition expresse. Mais la ligne