‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 67 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rétat-major : M. dArgout raccompagnait. Ils arrivent; ils trouvent le duc de Raguse inquiet, désespéré. En les voyant entrer, le maréchal passe dans la pièce voisine où les ministres étaient rassemblés, et en sort aussitôt après avec M. de Polignac. M. de Sémonville accabla le prince de reproches amers et violents. Celui-ci répondit avec calme et se retira. Furieux dune résistance qui les laissait livrés au péril, les deux négociateurs monarchiques proposèrent au maréchal d'arrêter les ministres coupables d'avoir risqué, pour la cause du roi, la fortune des serviteurs delà royauté. M. de Glandevez offrit son épée. Le duc de Raguse hésita; M. de Peyronnet reparut. Et tentant un dernier effort, MM. de Sémonville et d'Argout partirent pour Saint-Cloud.

Au moment où leur voiture entrait dans la grande allée du jardin des Tuileries, un homme s'élança devant les chevaux, montrant Saint-Cloud d'une main, et de l'autre, une voiture qui suivait. C'était celle de M. de Polignac, et l'homme qui, avec cette éloquence muette, engageait M. de Sémonville à se hâter, était un de ceux qu'il voulait un instant auparavant faire arrêter, M. de Peyronnet \

Une grave et récente nouvelle avait jeté la consternation dans ce château de Saint-Cloud vers lequel se dirigeaient

' « Ce ne furent ni les sommations du duc de Raguse, ni celles de M. de « Sémonville qui donnèrent lieu, comme on l'a supposé, au départ des mi- « nistres pour Saint-Cloud. Et cela, par une raison toute simple, c'est « qu'ils n'en firent aucune, n'ayant aucune qualité pom* leur en adresser, a Le départ des ministres fut occasionné par une lettre de Charles X, qui « leur faisait connaître son intention de réunir son Conseil le lendemain « matin. Ma voiture m'attendait dans la cour des Tuileries long-tenij s « avant l'arrivée de M de Sémonville.

« La déposition de M. de Sémonville ù la Chambre des pairs n'est qu'une

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les ministres : on y avait appris de grand matin que la ville de Versailles était en pleine insurrection. Le voisinage de Versailles donnait à cet événement un caractère formidable. Encore quelques heures, et la révolte, peut-être, viendraitassiéger la royauté jusque dans son palais. Il était urgent de déployer de la vigueur. Deux compagnies de gardes-du-corps se trouvaient dans la cour du château : on pouvait les faire marcher sur Versailles ; mais pour conduire cette aventureuse expédition, aucun capitaine des gardes ne se présentait. D'un autre côté, faire passer sous les ordres de quelque général de l'Empire un corps auquel des gentilshommes de la plus haute noblesse se croyaient seuls dignes de commander, c'était une bien rude atteinte aux prérogatives de cour. DansTesprit de CharlesX, une pareille dérogation à rétiquette avait presque Timportance d'une bataille perdue. Mais un moment vient où les choses reprennent invinciblement leur niveau naturel et où la logique l'emporte sur les petits arrangements de la vanité humaine. Le général Vincent s'offrit à prendre le commandement des gardes, et dans la circonstance, s'offrir c'était s'imposer. Ses services furent acceptés par le Dauphin; Charles X dissimula son mécontentement; et le général partit pour Versailles à la tète de deux compagnies de gardes-du-corps soutenues par deux ou trois cents gendarmes. Parvenu au dernier détour de la route, il fit faire halte à sa troupe, et s'avançant tout seul vers la grille,

et scène à effet, composée dans le silence du Cabinet. Je déclare ignorer la « majeure partie des choses rapportées par lui etoù il me fait agir comme « acteur ; uiais chacun a sa manie : celle de M. de Séraonville est de melUe « toujours quelque drapeau en scène. »

( Note mnmiscriledc }[. de Polignac.)

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