‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 68 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

il envoya demander une entrevue aux autorités de la ville. Bientôt il vit venir à lui le secrétaire-général et le maire, suivis d'un nombreux détachement de gardes nationaux. Ce groupe paraissait fort animé, et, chose assez remarquable, le cri qui sortait de toutes les bouches était celuici : A la Commune ! A la Commune ! cri révolutionnaire de la bourgeoisie au IS" siècle. Legénéral Vincent qui, dans ce même lieu, en 1814, avait été renversé de cheval en combattant les Cosaques, déploya une grande fermeté mêlée de prudence; et déjà les esprits commençaient à se calmer, lorsqu'une colonne dliommes du peuple, armés de fusils ou de pistolets, et les bras nus , se précipita sur la route. Alors les cris recommencèrent. L'agitation devenait terrible : le général Vincent prit le parti de regagner sa troupe. Mais à peine avait-il rejoint les rangs, que les gendarmes Tabandonnèrent pour se ranger du côté du peuple, et il dut ramener les gardes-du-corps sur les hauteurs de Saint-Cloud,

Sur ces entrefaites, les ministres arrivaient au château. La voiture de M. de Polignac entra dans la cour presqu'en même temps que celle de M. de Sémon ville. La duchesse de Berri qui, au bruit des roues sur les dalles, avait ouvert sa fenêtre, envoya un salut amical à M. de Polignac seulement. Bientôt après, le grand référendaire, qui s'était rendu chez le duc de Luxembourg, fut appelé auprès du roi. A la porte de l'appartement, il rencontra M. de Polignac qui lui dit, en portant la main à son cou : « Vous (( venez demander ma tête.^ N'importe. J'ai dit au roi que (( vous étiez là : parlez le premier. )>

M. de Sémonville croyait trouver le roi dans une grande agitation : il fut frappé du calme de sa physionomie et

de la gravité de son maintien. Charles X écouta d'un air incrédule les nouvelles alarmantes qu'on lui apportait. II chercha même à rassurer M. de Sémonville comme il avait fait la veille à l'égard de M. de Yitrolles. Il dit que toutes les mesures étaient prises pour étouffer Tinsurrection; qu'il comptait sur les soldats^ que la révolte s'userait sur elle-même, parce que le peuple n'avait pas de chefs, et que Tordre de fusiller les meneurs avait été exécuté. M. de Sémonville fit tous ses efforts pour détromper le roi, mais en vain. « Eh bien! Sire, s'écria-t-il enfin, il faut tout « vous dire : si dans une heure les ordonnances ne sont « pas rapportées, plus de roi, plus de royauté ! — Peut-être (( bien me donnerez-vous deux heures, )) répondit le roi blessé dans son orgueil. Et il se retirait, lorsque, tombant à genoux, M. de Sémonville le saisit par ses vêtements; le roi reculant toujours, le vieillard allait se traînant sur le parquet d'une façon lamentable. «La Dauphine! songez « à la Dauphine! Sire », s'écriait-il. Charles X fut ému, mais il resta maître de sa résolution.

Toutefois, les ministres tinrent conseil^ M. de Yitrolles était arrivé à Saint-Cloud, lui aussi, et il y avait apporté le carré de papier sur lequel le docteur Thibaut avait écrit la veille ces noms inconnus de la plupart des combattants ; Mortemart et Gérard.

On discutait à Saint-Cloud un changement de ministère : à Paris on ne combattait déjà plus que pour le renversement de la royauté .

La lutte avait recommencé sur plusieurs points. Des élèves de l'École polytechnique parcouraient le faubourg Saint-Jacques, frappant à toutes les portes d'hôtel garni et criant : A nous, l'École! •» Un rassemblement s'était formé

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