‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 87 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les envoyés de Charles X se retirèrent. Mais M. Casimir Périer conservait encore quelque espérance : il les conjura d'aller trouver M. Laiïitte et de tenter en faveur de Charles X un dernier effort. M. de Sémonville, découragé, s'y refusa ^ les deux autres y consentirent • et le collègue de M. de Mortémart leur donna un laisser-passer dans lequel le nom d'Arnaud fut substitué à celui de Vitrolles, qui pouvait réveiller de dangereux souvenirs. Avec ce chiffon de papier, les deux négociateurs parcoururent librement la ville, où l'on arrêta ce soir-là, comme je l'ai dit, plusieurs jeunes gens qui avaient combattu vaillamment, mais à qui M. Casimir Périer n'avait pas donné de sauf-conduit.

M. d'Argout se présenta seul chez M. Laiïitte. La chaleur était étouffante, les fenêtres étaient ouvertes et les appartements remplis de monde. M. d'Argout attira M. Laffitte dans l'embrasure d'une croisée. La voix du négociateur était altérée, et il avait presque les larmes aux yeux en parlant de Charles X. « Les ordonnances sont re- « tirées, dit-il, et nous avons de nouveaux ministres. — « Il fallait se décider plus tut, répondit M. Laiïitte. Au-

« jourd hui — - Les intérêts sont les mêmes. — Sans

tt doute ^ mais les situations sont changées. Un siècle « s'est écoulé depuis vingt-quatre heures! » M. Bertin de Vaux était là. Il crut comprendre qu'il s'agissait d'une transaction, et il s'écria joyeusement : « On pourra donc (( enfin négocier ! » Ces mots, répandus dans la foule qui encombrait l'hôtel, y produisent l'agitation la plus violente. Quelques hommes du peuple étaient étendus, couverts de poussière et brisés par la fatigue, sur les sièges de la salle à manger. Un d'eux ouvre brusquement la porte I. 19

qui séparait cette sa le de Tappartement où se trouvaient MM. d'Argout et Laffîtte, fait résonner son fusil sur le par^ quet, et, d'une voix terrible : « Qui ose ici parler de né- (c gocier avec Charles X.^ — Plus de Bourbons î criait-on (( en même temps dans le vestibule. — Vous les entendez.? « dit M. Laffîtte. — Ainsi, vous n'écouteriez aucune pro- « position? répondit M. d'Argout. — Votre visite est-elle (( officielle.? — Officieuse seulement^ mais si elle était of- (( ficielle.? — Alors comme alors. » M. d'Argout sortit. Le Louvre était pris : la cause de Charles X était perdue.

Ce soir-là, M. Laffitte reçut aussi la visite de M. deForbin-Janson, qui venait demander un sauf-conduit pour M. de Mortemart, son beau-père. M. de Mortemartfut attendu jusqu'à minuit, il ne vint pas.

M. d'Argout avait pu juger, par le résultat de sa visite, du véritable état des choses -, mais en donnant suite à sa médiation, dût-elle être stérile, il ménageait son avenir dans l'un et l'autre parti. 11 alla donc retrouver le baron de VitroUes qui l'attendait en compagnie de M. Langsdorff, et ils reprirent tous trois la route de Saint-Cloud. MM. Charles Lalïitte et Savalette les accompagnaient et leur servaient de sauve-garde.

La journée du 29 avait été doublement remarquable. Le peuple y rendit le trône vacant. La bourgeoisie prit ses mesures pour en disposer. D'un côté le labeur, de l'autre la récompense. Alors, comme toujours, des victimes sans nom servirent de piédestal à des ambitieux sans cœur.

Au moment où les ténèbres se répandaient sur Paris, le général Pajol montait tristement la rue de Chabrol. 11 se retourne vers M. Degousée, qui l'accompagnait, et lui dit : « Vous meniez au combat des hommes déterminés : pou-

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