CHAPITRE V
(( vez-vous compter sur leur zèle? — Sans doute. — As- <( sez pour leur donner l'ordre d'arrêter les députés? — <( Oh ! pour cela, je n'oserais en répondre. — Dans ce cas, (( la révolution est avortée. »
Les alarmes, au château de Saint-Cloud, avaient cessé depuis quelques heures. Le grand salon donnant du côté de Paris présentait un étonnant spectacle. Le roi était assis avec M. de Duras, gentilhomme de la chambre, M. de Luxembourg, capitaine des gardes, et la duchesse de Berri, à une table de jeu. Le Dauphin, qui se laissait toujours absorber par les petites choses et ne pensait jamais aux grandes, contemplait d'un air méditatif une carte géographique. M. de Mortemart, agité au miheu de tous ces personnages tranquilles, allait à chaque instant sur le balcon, prêtant l'oreille à des bruits lointains.
La partie de whist que Charles X joua dans cette soirée, ne tarda pas à être racontée dans la capitale. Elle y excita une grande colère, très-raisonnable chez ceux qui ne voulaient plus de royauté, puérile chez ceux qui s'occupaient à faire un autre roi. -
Le duc de Luxembourg avait donné ordre à un lieutenant des gardes de se mettre à la tête de quelques cavaliers et d'éclairer la route de Neuilly. L'officier, de retour, apprit à M. de Luxembourg qu'il avait remarqué un mouvement inaccoutumé dans le parc de Neuilly et aux environs du château. 11 ajouta que, s'il y avait été autorisé, il lui eût été facile d'enlever le duc d'Orléans. Charles X, entendant ces derniers mots, dit à l'officier d'un ton sévère • <( Si vous aviez fait tîela. Monsieur, je vous aurais hautece ment désavoué. >
La nuit était venue, et on allait se séparer, quand le duc
de Mortemart s'approcha du Dauphin et le pria de révoquer, au moins pour lui, que le rci envoyait à Paris avec* une mission, la consigne qui coupait toute communication entre Paris et Saint-Cloud. « Comment?... la consigne!... (( c'est bien... nous verrons... » Le duc de Mortemart ne put pas obtenir une réponse plus précise. 11 se retira dans son appartement, plus affligé que surpris, car il sentait peser sur son cœur ces paroles de Charles X : « Heureux (( qu'ils ne m'imposent que vous ! paroles bien amères, adressées à un homme qui croyait jouer sa tète pour le salut de son roi! Mais Charles X ne se fiait qu'à ceux qui avaient un assez grand fonds de bassesse pour asservir sans réserve leur pensée à la sienne. C'était peu connaître Tart de régner, qui consiste, non pas à annuler l'initiative du génie d'autrui, mais à se l'approprier, comme firent Louis XIV et Napoléon.
Du reste, et par une de ces contradictions faciles à comprendre dans des journées aussi pleines d'imprévu, Charles X montra autant d'hésitation quand le duc de Mortemart voulut remplir sa mission, qu'il avait mis d'empressement à la lui faire accepter. « Sire, lui disait son nouveau mite nistre, le temps presse : il faut que je parte. » Et le roi répondait : « Pas encore, pas encore : j'attends des nonce velles de Paris. »
Pendant la nvit arrivèrent MM. d'Argout et de Vitrolles. Ils coururent chez M. de Mortemart pour le solliciter à une décision prompte. Mais comment me faire reconnaître t( dans la capitale, disait le duc de Mortemart.^ Voulez- « vous que je m'y présente comme un aventurier politique ? (c II me faudrait, au moins, la signature du roi. « Les nouveaux venus insistèrent. Us avaient vu Paris dans une