CHAPITRE V
oflicielle. et soit inipruilcnce, soit calcul, il s'écria que le lieutenaut-géuéral Aymar occupait à Lyon une position inexpugnable^ ce qui supposait que l'insurrection avait l'oHensive. Si le mot lut dit pour épouvanter la classe bourgeoise et l'associer par la peur aux mesures sinistres qu'on méditait, il eut un succès incontestable. Jamais assemblée n'avait éprouvé un tel saisissement. Les efforts mêmes de M. Thiers pour atténuer l'impression produite ne firent, selon Tusage, que la rendre plus profonde. On s'interrogeait du regard ; on échangeait de mutuelles angoisses : c'était (^atilina aux portes de Rome.
Bientôt le mot fatal vole au dehors de bouche en bouche, et quelques membres du comité des Droits de l'Homme apprennent de M. Marchais le résultat de la séance. L'hésitation leur était-elle permise? Ne s'étaient-ils pas engagés à venir en aide aux Lyonnais par une diversion énergique? Et devaient-ils s'abstenir, alors qu'un concours inexorable de circonstances les sollicitait, les poussait à tenter la fortune des armes? Ils ne pensèrent pas qu'il fùl de leur honneur de reculer. Une proclamation est rédigée à la hâte. Mais, en supprimant avec violence la Tribune, M. Thiers venait d'anéantir le Moniteur de l'insurrection ; un arrêté brutal dépouillait de son brevet d'imprimeur M. Mie, déjà éprouvé par de coun::geux sacrifices à la cause républicaine ^ M. Marrast était forcé de se soustraire à un mandat d'arrêt lancé contre lui, et, dans Paris, pas un imprimeur qui ne fût glacé d'eifroi. Il fallut porter la proclamation au National ; et elle y eût paru le lendemain, si Armand Carrel eût moins écouté les défiances qu'avait toujours nourries son âme aussi incertaine qu'héroïque. De sorte qu'on touchait à une crise, et la pensée insurrec-
tionnelle manquait d'organe dans un pays où il n'est donné qu'à la presse de déchaîner les révolutions qui réussissent !
Autre cause d'impuissance pour le parti républicain : la direction de la Société des Droits de l'Homme avait un caractère public, et c'était là, nous l'avons dit, un vice capital, à la veille d'un combat. Il est vrai que, dans la prévision du sort qui menaçait les chefs, on avait eu soin d'établir un comité secret ^ mais son action eût-elle été mieux déterminée, son importance n'était pas suflisamment reconnue. Il arriva donc que, pour frapper l'insurrection à la tête, le gouvernement n'eut qu'à faire opérer à propos un certain nombre d'arrestations. Or, la témérité de ses ennemis servant sa politique , il atteignit presque tous ceux qu'il lui importait d'atteindre.
Cependant, l'ordre a été donné à plusieurs sectionnaires de descendre sur la place publique, d'y rester un instant dans une attitude prudente, puis de disparaître. Il ne s'agit i)ns, leura-t-on dit, de commencer l'attaque ^ il s'agit de répandre dans l'air une agitation qui indique quelles sont les dispositions du peuple. Cet ordre fut mal compris ou mal exécuté. Le dimanche 13, dans les rues Beaubour, Geoffroy-Langevin , Aubry-le-Boucher, aux Ours, Maubuée, Transnonain, Grenier-Saint-Lazare, des barricades furent construites par une poignée d'hommes exaltés, dont il paraît certain que des agents de police aiguillonnaient perfidement l'ardeur ^
Du reste, partout le bruit et l'appareil des armes, le monotone retentissement du rappel, les promenades circonspectes des patrouilles, et les cavaliers courant par la
' On verra plus bas, dansle procès d'avril, la preuve de cette assertion.