‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 12 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

quelle il était impossible qu'on se méprît. Sa démarche fut donc favorablement accueillie par le Conseil, et ce fut pour les légitimistes un nouveau sujet dalïliction et de colère. Il partit, arriva le 24 mars à Blaye, et, admis le lendemain dans la citadelle, il fut introduit dans rap[)artement de la princesse. Elle était couchée, avait le visage amaigri, le teint jaunâtre, les joues caves. Apercevant M. Deneux, elle lui tendit la main, et dit avec une grâce mêlée de tristesse: « Ce bon M. Deneux! J'étais bien sûre qu'il viendrait près de moi. » Vivement ému, le vieillard se précipita au pied du lit avec des sanglots et fut sur le point de s'évanouir. Quand il fut revenu de son trouble, la princesse lui dit : » Mon bon M. Deneux, pour moi vous (( avez quitté votre femme, abandonné vos affaires, com- (( promis votre clientelle : je ne saurais accepter un tel u sacrifice. » Et comme il ne répondait que par l'expression d'un dévoùment sans bornes : h Mais poursuivit-elle « en découvrant le fond de sa pensée, vous ne savez donc « pas qu'en restant auprès de moi vous ferez involon- « tairement obstacle à ma mise en liberté? » Elle voyait, en effet, dans l'arrivée de M. Deneux, la preuve que les ministres avaient l'intention de lui laisser atteindre en prison le terme de sa grossesse. Mais M. Deneux lui représenta que, s'il revenait à Paris, les journaux légitimistes nieraient plusobstinément que jamais la déclaration du 22 février, ce qui mettrait le gouvernement dans la nécessité de plus en plus impérieuse de les confondre par une preuve positive, au risque de lui imposer; à elle, une plus longue captivité. Elle parut frappée de cette observation, et, dans un second entretien qui eut lieu le 28 mars, elle déclara à M. Deneux qu'elle acceptait sa présence et ses soins.

Ce jour-là commença pour M. Deneux une vie de sollicitude, d'abnégation. Tout entier au désir de rappeler sa malade au repos et à la liberté, il ne craignit pas d'attirer sur sa tète la réprobation de son parti, dont il fallait, pour servir la mère de Henri V, déjouer les calculs et braver les passions. Car ici l'intérêt de la princesse et celui du parti légitimiste étaient manifestement opposés. Pour faire tomber devant elle les portes de sa prison , Marie-Caroline n'avaitqu'un moyen, qui était de mettre en lumière la vérité, vérité redoutable que le parti légitimiste aurait voulu couvrir dun voile éternel, dût la mère de Henri V rester plus long-temps victime de Timportance du secret !

Mais ce n'était pas d'un simple aveu que les ministres avaient besoin; cet aveu, il avait été fait le 22 février et publié le 26 : ce que le gouvernement exigeait, c'était une constatation publiqueappuyée sur des témoignages officiels, telle enfin que toute controverse devînt impossible.

Or, cetteconstatation, la duchesse deBerri éprouvait à la permettre une répugnance invincible, d'abord par pudeur, ensuite parce que, déjà trompée, elle ne croyait pas qu'on lui accordât la liberté pour prix du sacrifice qu'on osait lui demander.

Voici quel fut, à ce sujet, le plan soumis au général Bugeaud par M. Deneux : un certain nombre de personnes notables de Blaye et de Bordeaux auraient été désignées par le gouvernement pour recevoir, de la part de médecins accoucheurs choisis en nombre égal par le gouvernement et par la princesse, une déclaration constatant là grossesse. L'acte dressé, la princesse se serait embarquée en présence des mêmes personnes , et l'acte n'aurait été envoyé à Paris que lorsque le bâtiment se serait trouvé

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