‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 139 sur 201 · CHAPITRE X. 3T · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 3T

« déférée, mais que la résolution des accusés leur fait un devoir « de s'abstenir. »

Suivaient les signatures de MM. Philippe Dupin, bâtonnier; Archambault, doyen ^ Parquin, Mauguin, Thévenin, Couture, Colmet-d'Aage, Gaubert, Ilennequin, P>erryer fils, Gaudry, Lavaux , Delangle, Marie, Chaix-d'Est-Ange, Duvergier, Crousse, Paillet, Odilon Barrot, Leroy et Frédèrkh^ membres du Conseil.

Le même jour, le barreau rouennais] délibérait, contre Tordonnance du 30 mars , une protestation qui parut avec les signatures de MM. Sénard, bâtonnier , et Desseaux, secrétaire. Elle ne difîérait de celle qui précède qu'en ce que les conclusions en étaient plus précises encore et les termes plus énergiques.

L'exemple donné par les barreaux de Paris et] de Rouen fut suivi par presque tous les barreaux de France. On sMndigna, on protesta de toutes parts. De leur côté, les procureurs-généraux, tant à Rouen qu'à Paris, fulminèrent contre l'ordre des avocats, et en appelèrent aux Cours royales des décisions par lesquelles l'ordonnance du 30 mars était virtuellement annulée. Jamais pareil élan ne s'était manifesté au sein de la société 5 jamais anarchie pareille ne s'était produite au sein du Pouvoir. En séance secrète, la Cour des pairs se raffermit dans sa résolution d'enlever aux accusés les défenseurs de leur choix • mais elle décida qu'elle ne contraindrait personne à plaider d'office, n'osant entrer en lutte avec le corps des avocats. C'était l'excès de la violence combiné avec Texcès de la peur.

Et comment peindre, maintenant, l'effet que produisaient sur les esprits tant de surprenantes complications?

Le nom des accusés volait de bouche en bouche ; on s'intéressait à leurs périls -, on glorifiait leur constance ; on se demandait avec anxiété jusqu'où ils pousseraient Taudace des résolutions prises. Dans les salons mêmes où leurs doctrines n'étaient pas admises, leur intrépidité touchait le cœur des femmes -, prisonniers, ils gouvernaient irrésistiblement l'opinion; absents, ils vivaient dans toutes les pensées. Pourquoi s'en étonner? Ils avaient pour eux, chez une nation généreuse, toutes les sortes de puissance : le courage, la défaite et le malheur. Époque orageuse et pourtant regrettable! Comme le sang bouillonnait alors avec force dans nos veines ! comme nous nous sentions vivre! comme elle était bien ce que Dieu Ta faite, cette nation française, qui périra sans doute le jour où lui manqueront tout-à-fait les émotions élevées? Les politiques à courte vue s'alarment de l'ardeur des sociétés : ils ont raison ^ il faut être fort pour diriger la force. Et voilà pourquoi les hommes d'État médiocres s'attachent à énerver un peuple. Ils le font à leur taille, parce qu'autrement ils ne le pourraient conduire. Ce n'est pas ainsi qu'agissent les hommes de génie. Ceux-là ne s'étudient point à éteindre les passions d'un grand peuple; car ils ont à les féconder, et ils savent que l'engourdissement est la dernière maladie d'une société qui s'en va.

Privés de la faculté de se défendre selon leur désir et selon leur droit, les accusés détenus à Ste-Pélagie avaient résolu de ne plus opposer à leurs juges que le silence et le dédain. « Vous nous condamnerez, mais vous ne vous « jugerez pas », avaient dit à M. Pasquier, en le quittant, MM. Lebon, Marrast et Landolphe. Il s'agissait pour les accusés de tenir parole, et de se borner à ennoblir la posi-

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