CHAPITRE
lion de victimes que leur faisaient des inimitiés sans grandeur.
Malheureusement, il iry avait pas unanimité de vues entre les accusés des diverses catégories.
Les Parisiens, d'accord en cela avec les sous-ofliciers de l.unéville, pensaient que, la force l'emportant sur la justice, il y avait devoir de s'abstenir^ qu'une protestation muette était préférable à une défense mutilée ^ que, ])uisque la Cour des pairs osait prétendre aux bénéfices de l'arbitraire, il fallait lui en laisser les embarras et l'odieux ^ qu'il importait, en un mot, d'arracher au parti du gouvernement ce masque de légalité dont il avait un moment voulu couvrir ses vengeances.
Les Lyonnais envisageaient la situation sous un autre aspect. Ne pas se défendre, c'était perdre l'occasion de lire à la France attentive une des pages les plus mémorables de l'histoire de Lyon : pouvait-on s'y résoudre.^ Les hommes qui, comme Lagrange, avaient immortalisé la résistance par leur modération et leur courage, faisaientils donc si peu d'honneur au parti qu'on pût taire sans inconvénient ce qu'ils avaient été et ce qu'ils avaient fait? D'ailleurs, l'insurrection lyonnaise était calomniée ; et il convenait que la vérité fût enfin connue, il convenait que la France apprît comment la lutte s'était engagée, et quelles manœuvres en avaient prolongé la durée funeste, et par quels massacres des soldats égarés avaient souillé la victoire.
Ce dissentiment ne pouvait tomber qu'autant qu'on aurait fourni aux divers accusés le moyen de se voir les uns les autres, de discuter, de se concerter. Ceux de Paris demandèrent donc qu'on transférât à Sainte-Pélagie, où
ils étaient eux-mêmes détenus, leurs camarades de Lunéville, qu'on avait renfermés à l'Abbaye, et leurs camarades de Lyon, déposés à la Conciergerie. Rien de plus juste. La demande fut néanmoins repoussée. Alors, les prévenus de Paris adressèrent au procureur-général une lettre où leurs griefs étaient résumés d'une manière saisissante :
« Vous ne voulez pas plus de la de'fense que vous ne voulez de la « ve'rite'.
« Ainsi, vous avez mis une anne'e entière à compliquer votre ac- « cusation, et nous avons reçu seulement il y a quelques jours le « volume de la proce'dure qui nous concerne.
« Ainsi, vous avez accusé tout notre passe', tous les actes du « parti républicain, et vous pre'tendez nous interdire le choix de « nos de'fenseurs : vous voulez nous condamner à les prendre parmi « les avocats, connus ou non, qu'ils aient ou non notre confiance. « Ce qui est permis à tout citoyen, pour la plus mince affaire de « police correctionnelle, vous l'interdisez à des hommes que vous « introduisez devant une cour exceptionnelle et qui sont sous le « coup d'accusations capitales !
« Ainsi, nous demandons des te'moins à de'charge, et vous nous « mettez dans l'impossibilité de les faire assigner !
« Ainsi, nous sommes incriminés pour avoir créé un vaste com- « plot qui embrasse Paris, Lyon, Châlons, Arbois, Marseille, Épi- « nal, Lunéville, et nous n'avons pu encore nous mettre en rap- « port avec nos co-accusés, et nous touchons à l'ouverture des « débats sans avoir pu organiser une défense commune, pour ré- « pondre à une accusation commune ! »
Une entrevue d'un jour entre les deux comités de défense de Paris et de Lyon fut tout ce que les accusés obtinrent. Elle eut lieu à Ste-Pélagie, le 18 avril (1835), et les dissentiments que nous venons de signaler s'y produisirent avec éclat. En soutenant que les débats devaient