CHAPITRE X
être acceptés, même avec des avocats d'office, les I^yonnais paraissaient plaider la cause de leur ville plutôt que celle du parti tout entier, ce qui leur donnait, dans la discussion, un désavantage marqué. Pour faire prévaloir leur opinion, les Parisiens n'eurent qu'à en appeler à ces inspirations du dévoùment qu'en présence de certains hommes on n'invoque jamais en vain. 11 fut arrêté que les prisonniers se conformeraient unanimement à ce qui aurait été décidé dans la réunion des défenseurs, et la déclaration suivante fut, en attendant, rédigée par un membre du comité de défense de Paris :
« Informés que M. le pre'sidentde la Cour des pairs a l'intention « de leur refuser pour de'fenseurs des hommes pris en dehors de « l'ordre des avocats, les deux comités de défense de Lyon et de « Paris protestent ensemble et unanimement contre toute viola - « lion delà libre défense; ils déclarent que leur résolution for- « melle est de se présenter devant la Cour des pairs, accompagnés « des défenseurs de leur choix, appuyés qu'ils sont, non-seulement « par les principes communs aux hommes de tous les partis, mais « encore par l'opinion de tous les barreaux, qui comprennent « comme eux le droit accordé à tout accusé de se faire défendre « par des hommes qui aient toute sa confiance. »
Il n'était pas dit précisément, dans cette déclaration, que les accusés, en l'absence des défenseurs de leur choix, refuseraient unanimement les débats ^ mais la conséquence était forcée. Un des membres du comité lyonnais, M. Caussidière, fit quelques difficultés pour signer, craignant qu'on ne s'engageât au-delà de ce qui était convenable. Mais pressé par ses camarades, il céda 5 et la déclaration fut publiée, avec les signatures de MM. Baune, Lagrange, Martin Maillefer, Tiphaine, Caussidière, membres du co-
mité lyonnais^ etChilman, Granger, Yignerte, Landolphe, Pichonnier, Rozière, Lebon, Guinard, Armand Marrast, membres du comité parisien.
Les défenseurs, dont, la veille même, les journaux avaient fait connaître les noms \ se réunirent ensuite pour résoudre définitivement la question qui s'était trouvée posée entre les accusés de Paris et ceux de Lyon. L'avis de Timmense majorité fut qu'on ne devait pas accepter les débats, si la défense n'était pas entièrement libre. L'opinion contraire était spécialement représentée par MM. Ledru-Rollin, Saint-Komme, et surtout, Jules Favre qui mit à la soutenir une persistance invincible. Armand Garrel, après s'être associé aux sentiments de M. Jules Favre, avait fini par Fabandonner pour s'unir à la majorité. Gelui-ci ne se découragea point. Il représentait que, si chaque accusé consentait à se défendre par luimême et par un avocat, on arriverait inévitablement à rendre le procès impossible, le nombre des prévenus étant tefiement considérable, que la plupart des juges seraient mis hors de combat avant la fin des plaidoiries, chargés qu'ils étaient d'ans et d'infirmités. C'était raisonner juste s'il ne se fut agi que de soustraire à la condamnation les accusés qu'elle menaçait 5 mais la question avait été placée plus haut : c'était le parti républicain qui, comme parti, voulait entrer dans la lice. Et voilà ce que M. Jules Favre ne comprenait pas assez. Il objectait aussi sa qualité d'avocat et les devoirs que lui imposait une aussi sainte mission. 11 ne voulait pas, pour faire réussir des combinaisons de parti, dont l'avantage lui semblait controversable, manquer à lappel des accusés auxquels il Voir aux documents historiques, n" 12-