CHAPITRE X. 3T
plairait de lui coniier les inténHs de leui' liberté ou de leur vie.
La défiance est le caractère distinctil'des partis en lutte, et ils supposent volontiers le mal. Bien que Topinion de M. Jules Favrese pût expliquer par des motifs très-honorables, les plus ardents la condamnèrent comme puisée aux sources de 1 égoïsme et de Tamour-propre. Membre du barreau de Lyon, où il s'était fait remarquer, jeune encore, par une intelligence d'élite et un talent d'élocution incomparable, M. Jules Favre fut accusé de n'être venu chercher à Paris qu'un théâtre plus digne de ses facultés brillantes, et Armand Carrel, qu'il avait eu d'abord pour allié, s'emporta jusqu'à lui adresser ces amères paroles : u Eh bieni Monsieur, puisque vous persistez, nous ferons «( de tout ceci une simple affaire correctionnelle. »
11 ne restait plus qu'à envoyer des commissaires aux accusés de Lyon pour leur apprendre le résultat de la délibération des défenseurs. L'assemblée nomma M. Jules Favre et deux de ses adversaires, MM. Michel (de Bourges) et Dupont. On ne pouvait lui opposer de plus rudes jouteurs .
Doué d'une éloquence sauvage, qui se mariait en lui à une grande pénétration, M. Michel (de Bourges) possédait tout d'un tribun : l'accent, le geste, le regard, les inspirations soudaines, les apostrophes véhémentes et imprévues.
Quant à M. Dupont, sa voix avait sur les républicains une irrésistible autorité; et sur ceux du parti contraire, elle était souvent d'un effet terrible. Partisan de toutes les mesures qui demandaient beaucoup de générosité et de courage, nul mieux que lui ne savait les faire triompher
par la logique, par l'ironie, par l'invective, par l'emportement. On redoutait son mépris^ et la brutalité même de sa parole était toujours applaudie, tant il y avait dans le sentiment qui l'inspirait, d'intrépidité, d'abnégation et de noblesse î
On touchait au 5 mai (1835), jour fixé pour l'ouverture des débats ^ et, de leurs prisons respectives, les accusés des différentes catégories venaient d'être transférés dans la prison du Luxembourg, plus voisine du lieu où ils devaient être jugés. Le 4 mai, MM. Dupont, Michel (de Bourges) et Favre, se rendirent dans le quartier assigné aux Lyonnais 5 et là les deux premiers exposèrent, sous la présidence de M. Baune, ce que la réunion des défenseurs avait décidé^ mais, comme ils s'étendaient sur les motifs qui justifiaient la décision, M. Jules Favre s'empressa de la combattre, déclarant qu'au surplus elle n'avait rien d'obligatoire, et que pour son compte il s'offrait à ceux qui jugeraient à propos de se défendre. Il en résulta une scène d'une violence extraordinaire. M. Michel (de Bourges) s'y montra au dernier point passionné, agressif-, et l'intervention de M. Baune fut nécessaire pour mettre fin à cette querelle, bien concevable dans un moment où chacun vivait d'une vie brûlante et sans repos.
Le 5 mai était arrivé. L'arène afiait s'ouvrir. Béunis chez M. Auguste Blanqui, les défenseurs y attendaient avec anxiété le commencement d'une lutte dont nul ne pouvait prévoir l'issue. Tout-à-coup M. Jules Favre se présente. Accueilli par une rumeur de mécontentement et de colère, il obtient pourtant la parole. Mais à peine a-t-il annoncé sa résolution de paraître comme avocat devant la Cour des pairs et d'y plaider la cause de ses clients, qu'un effroyable