‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 147 sur 201 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

personnellement signifié à chacun des prévenus, on pourrait le lire, même en Tabsenee de ceux qui se seraient fait exclure de Taudience. Ce fut alors que MM. de Talhouet et de Noailles cessèrent de participer au procès. « Monsieur « le président, écrivit M. de Noailles à M. Pasquier, je « vous prie de vouloir bien faire agréer à la Cour mes u excuses de ce que je ne puis continuer à siéger dans le « procès dont elle est actuellement saisie. Mes motifs sont

« dans l'arrêt qu'elle vient de rendre Sans doute, il

« faut que force reste à la justice; mais n'est-ce pas la « force seule qui triomphe, quand , par l'absence des (( formes, il n'y a véritablement plus de justice régulière ? <( Ce n'est pas faiblesse, à mon avis, de s'arrêter lorsqu'on (( ne marche plus avec la loi. »

En se réservant la faculté de séparer, à l'audience, ceux que l'accusation s'était étudiée cependant à réunir pour réchafaud, la prison ou l'exil, la Cour des pairs cherchait k mettre à profit leurs divisions, qu'on prenait soin, depuis quelque temps, d'entretenir et d'envenimer. Le ministère n'ignorait pas que, parmi les prévenus de Lyon, il y avait des hommes étrangers aux préoccupations politiques, soldats de hasard que l'insurrection n'avait recrutés qu'en passant, et auxquels il serait facile de faire accepter le procès, pour peu qu'on les enlevât à l'influence de leurs co-accusés. D'activés manœuvres furent pratiquées en faveur de ce résultat, et l'on disposa les choses de manière à tirer parti des plus dociles. Dans l'audience du 9, en effet, la lecture de l'acte d'accusation ayant été de nouveau interrompue, on fit sortir de la salle tous les prévenus, et Ton n'en ramena que 29, appartenant à la catégorie de Lyon, et qu'on croyait moins fermes dans

leurs projets de résistance. Mais, à l'égard de Fun d'eux. M. Lagrange, on s'était singulièrement trompé. II ne fut pas plutôt assis, qu'il demanda la parole pour protester, et M. Pasquier la lui refusant : u Je la prends, s'écria-t-il (( avec une impétuosité extraordinaire. Oui, nous protes- « tons devant la parodie de vos réquisitoires, comme nous (( l'avons fait devant la mitraille. Nous protestons sans ({ crainte, en hommes fidèles à leurs serments, et dont la (( conduite vous condamne, vous qui en avez tant prêtés et (( tant trahis ! » La haute taille deTaccusé, son air martial, la fierté de sa contenance et de son geste, tout ajoutait à l'effet de cette violente apostrophe. Sur Tordre du président, plusieurs gardes municipaux l'entourent, le saisissent. Mais lui, dans un état d'exaltation croissante : « A votre aise , Messieurs , condamnez-nous sans nous « entendre ^ envoyez à la mort sans avoir admis leurs (( défenseurs , les soutiens de cent cinquante familles (( d'hommes du peuple : moi, je vous condamne à vivre, (( car notre sang ne lavera pas les stigmates gravés sur « vos fronts par le sang du brave des braves. » Et pressé par les gardes, il reculait, les yeux toujours fixés sur ses juges. Il sortit enfin, et la lecture de l'acte d'accusation put être reprise. Dans les audiences qui suivirent, jusqu'au jour où cette lecture fut achevée, le tumulte ne se reproduisit qu'une fois. Mais, dès le 13 mai, il ne restait plus sur les bancs que 23 prévenus, et l'on devait naturellement s'attendre à voir recommencer la crise aussitôt qu'on aborderait les débats.

11 est triste d'avoir à parler des moyens auxquels, pour la conjurer, le Pouvoir eut recours. Il avait fait ramener à l'Abbaye les sous-offîciers de Lunéville, à Sainte-Pélagie

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