‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 150 sur 201 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

c vieillis dans rexpérience des affaires el éprouvés par ( dix révolutions ; de savants, de littérateurs (|ue d'im- ( mortels ouvrages avaient appelés aux premières digni- < tés 5 de magistrats, d'hommes de cœur porteurs de ( noms illustres, et dont les excellentes qualités sociales ( ne pouvaient soulever un doute. Je parcourais avec ( bonheur les résultats de mon recensement, lorsque sous t ma fenêtre une horrible explosion d'armes à feu m'en- ( seigna bien cruellement que la justice politique est un ( vain mot, lors même qu elle est exercée par les hommes les plus honorables.

« Des cris infâmes, des vociférations infernales, m'apprirent que des hommes habitués à toutes les exigences de la civilisation moderne deviennent de véritables cannibales sous l'empire de l'esprit de parti. « Le général qu'on venait d'immoler était le pacificateur de la Suisse, le conquérant du Tyrol , c'était le héros d'Elchingen, de Friedland, de la Moscowa ^ celui que la grande armée avait salué du titre de brave des ( braves. Et cependant son corps fut abandonné au mi- ( lieu des ordures, parmi lesquelles il était tombé comme ( le cadavre d'un animal immonde ! Ces événements se t sont passés sous mes yeux. Messieurs; ne vous étonnez ( pas qu'ils aient laissé dans mon esprit une empreinte ( ineffaçable !

(( Anathêms, anathême éternel aux corps politiques « jugeant les délits politiques! »

En prononçant ces paroles, M. Àrago était frémissant^ toute son âme paraissait dans l'altération de sa figure, si majestueuse, si expressive, et son œil lançait des flammes. La séance fut un moment suspendue. L'assemblée ne vi-

'iUO HISTOIRE DE DIX ANS.

vait plus que dans ses souvenirs. Le lendemain, rendue à ses passions, et fermant l'oreille à la voix de son propre président, M. Dupin, elle frappait de son vote M. Audry de Puyraveau, et livrait aux pairs de Charles X celui qui, le premier, avait ouvert sa maison à la révolution de

Dans cette situation critique, M. Audry de Puyraveau ne se manqua i)as à lui-même. Il écrivit au président de la Chambre des pairs que, ne reconnaissant pas à celle des députés le droit d'autoriser des poursuites contre lui, il ne comparaîtrait que contraint par la force. On n'osa employer la force, et il ne comparut pas.

Mais telle est l'époque à laquelle nous sommes arrivés, que l'historien n'y peut faire un pas sans se heurter à un scandale. Les débats dont nous venons d'esquisser la physionomie n'étaient pas encore terminés, que déjà un nouveau et triste procès y avait pris naissance. Dans la séance du 22 mai, M. Jaubert s'étant plaint de certaines manifestations injurieuses qu'il croyait parties de la tribune des journalistes, le président avait ordonné l'évacuation de cette tribune, et il en était résulté entre les députés derO[)position et leurs adversaires un tumultueux échange d'interpellations pleines d'aigreur. L'agitation calmée, la tribune est rouverte aux journalistes. Ils refusent d'y rentrer, et restent groupés dans la cour du palais. A la sortie de la séance, un d'eux s'avance vers M. Jaubert pour lui exposer qu'une erreur et une injustice ont été commises. Mais quelques députés qui s'attendaient à une coUision ou la cherchaient, avaient entouré M. Jaubert d'une sorte de protection menaçante. Une rixe éclata : on s'aborde dans je ne sais quelle grossière et déplorable mêlée; des jour-

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