‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 151 sur 201 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

nalistes sont arrôtés, livrés à la j^ardc nuuiicipale, et aussitôt après relâchés. Le Uéformateur^ feuille républicaine fondée depuis peu et dirigée par M. Uasi)ail, rendit compte de Faltercation dans un article qui respirait la plus violente indignation, et qui signalait comme agresseurs certains membres de la majorité, parmi lesquels MM. Augustin Giraudet Uenouard. Il n'en fallait pas davantage pour que la majorité de la Chambre se crût offensée. Sur la motion de M. Jollivet, et après de vifs débats suivis d'assez ]iombreuses récusations, le Réformateur est traduit à la barre de l'assemblée. La défense, présentée par M. Raspail, ne dépassa pas un seul instant les bornes d'une discussion calme et décente, philosophique et élevée. Mais tous les pouvoirs du jour étaient emportés par un irrésistible esprit de vertige. M. Jalîrenou, gérant du Réfcrmateur^ fut condamné à un mois de prison et à dix mille francs d'amende.

Ainsi, le monde politique était tombé dans la plus effroyable confusion. Plus de droit reconnu. Partout l'outrage au Pouvoir. Pour les accusés, plus de garanties. La défense interdite ou insultante. A la place de la justice, la victoire abusant d'elle-même. Comme conclusion aux conflits parlementaires, d'odieuses scènes de pugilat. Et sous régide de la loi, la vengeance. Non, jamais pareille complication de désordres ne s'était vue dans l'histoire; jamais gouvernement ne s'était entouré de plus de périls, à force d'incapacité.

Si les défenseurs des accusés d'avril avaient su profiter de leurs avantages; si, bravant les chances de la prison et forts de leur fraternel courage, ils s'étaient présentés devant la pairie et lui avaient dit : a Cette lettre dont

« il VOUS plaît de tirer vengeance, nous en sommes tous (( les auteurs. Frappez encore, si vous l'osez! », c'en était fait, selon toute apparence, et de la Chambre des pairs et de la monarchie. Car, au point où l'on en était déjà, il est clair que le procès ne pouvait s'agrandir sans confiner à la guerre civile et sans pousser la monarchie à se mettre hors la loi. Mais parmi les défenseurs, il y en eut qui, à la seule idée du sort qui les menaçait, sentirent leur sang se glacer dans leurs veines. L'un pensait à sa fortune compromise et à son avenir engagé dans de terribles hasards, l'autre pâlissait pour ses enfants qu'il avait espéré revoir, ou pour sa mère absente. Plusieurs réunions eurent lieu, et les timides se firent d'autant moins scrupule d'avouer leurs répugnances , que , n'ayant pas en effet signé, pour la plupart, ils couvraient d'un prétexte en apparence honorable la défaillance de leur patriotisme et la pusillanimité de leur cœur.

Quoi qu'il en soit, il suffisait que l'unanimité fût impossil)le, pour que la question devînt controversable. Aussi des hommes dont l'intrépidité et le dévoùment étaient audessus de tout soupçon, des hommes tels qu'Armand Carrel, soutinrent-ils que chacun devait, sans toutefois désavouer là lettre, déclarer qu'il ne l'avait ni signée ni publiée : puisqu'il y avait des dissidents, et des dissidents obstinés, pourquoi révéler au Pouvoir les plaies intérieures du parti républicain? Pourquoi souffrir que ce parti fût flétri, ne fut-ce que dans quelques-uns de ses membres ? Puisque, dans l'affirmation, l'on risquait de se montrer en désaccord, ne valait-il pas encore mieux s'accorder pour la négociation.^ Et, après tout, n'y avait-il donc aucun inconvénient à peupler les cachots de la pairie de tout ce

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