‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 154 sur 201 · CHAPITRE X. /Hr · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. /Hr

giiages accusateurs étaionl accablants el piécis, autant les dé|)Ositions qu'on leur opposa furent vaj^ues et peu concluantes. Dans les réponses de M. AymanJ, on remarqua une ignorance à peine croyable des faits le mieux établis; et, à rindécision des souvenirs du général, à Tétonnement où certaines questions le plongèrent, à la cbaleur honorable et sincère avec laquelle il déclara impossibles des abominations malheureusement trop piouvées. chacun put juger qu'une autre main que la sienne avait dirigé les événements! La déposition que la Cour des pairs accueillit avec le plus de faveur fut celle du colonel de Perron, affirmant que le soldat avait déployé beaucoup de modération et de générosité. Dans quelques quartiers, en etîet, il en avait été ainsi ^ mais le colonel de Perron n'avait pas tout vu sans doute! Pourquoi, d'ailleurs, Tautorité ne s'était-elle pas empressée d'ordonner une enquête sur les massacres de Vaise.^ D'une série de vives attaques dirigées par M. Jules Favre contre M. Chégaray, il résulta que le ministère public, à Lyon, n'avait rien fait pour se mettre sur la trace des meurtriers, et qu'il était resté confiné dans une impassibilité volontaire, alors que de toutes parts s'élevait autour de lui la voix ymblique criant vengeance ! M. Pasquier osa dire à ce sujet que les assassinats dénoncés n'étaient, après tout, s'ils avaient été commis, que des conséquences de la guerre civile, conséquences dont la responsabilité retombait sur les auteurs des troubles. Comme si l'origine de la lutte effaçait la honte d'une barbarie gratuite et suffisait pour absoudre la victoire de ses plus inutiles fureurs !

Cependant, la liste des accusés dociles se trouvait épuisée, et Fheure était venue de dompter les accusés rebelles.

Ici notre plume s'arrête, de tristesse et de dégoût, (comment retracer, sans que le rouge monte au front, les moyens employés pour faire paraître les prisonniers à l'audience.^ Les gardes couraient les appréhender dans leurs cabanons, de la sommation passant bien vite à linjure, et de l'injure à la violence ; puis on se prenait corps à corps, et quand, épuisé de fatigue, accablé par le nombre, le prisonnier n'avait plus à opposer qu'une résistance inerte, saisi par les pieds, il était traîné impitoyablement le long des escaliers de son cachot, sa tète bondissant sur chaque marche. Brutalité stérile ! En présence de la Cour, l'accusé se redressait fier de ses meurtrissures, fier de la poussière sanglante dont ses vêtements étaient souifiés; et alors ce n'étaient plus qu'accès de colère et clameurs sauvages.

Ne faisons pas à l'humanité cette injure de croire qu'un semblable système de coercition laissât les pairs indifférents. Ils s'en affligeaient, pour la plupart, c'est certain; mais une nécessité inéluctable pesait sur eux, et il leur était commandé de répéter avec M. Martin (du Nord) : <( L'obstination d'un accusé ne saurait arrêter le cours (( de la justice. » Ah! sans doute la justice ne doit pas être arrêtée dans son cours ; mais à qui la faute si tant d'hommes honnêtes en étaient venus à glorifier un pareil abus et une pareille révolte ! Malheur au pays où il devieitt permis de mettre en doute si, en outrageant le juge, c'est la justice qu'on outrage! Là où ce doute existe, plus de distinction possible entre l'arrogance et le courage, entre Tanarchie et une généreuse hardiesse, entre l'esprit de désordre et le culte des principes. L'arbitraire, lorsqu'il n'enfante pas la tyrannie, enfante le chaos. Et la Cour

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des pairs en lit une rude expérience. Que dis-je? Elle eut des inspirations louables, elle eut de prudents retours^ et cela même tourna contre elle. En vain s'arma-t-elle de patience pour écouter jusqu'au bout des discours (jui lui prodiguaient Tinsulte ^ en vain M. Pasquier poussa-t-il maintes fois jusqu'à la condescendance les égards dus au malbeur : rien ne put calmer l'exaspération des accusés.^ rien ne put llécbir Topinion. La Cour des pairs n'avait pas voulu la défense libre, et elle était conduite à la soutï'rir injurieuse. Elle n'avait pas craint d'interdire Fusage du droit, et elle se voyait contrainte à en tolérer l'abus. De sorte qu'elle se sentait misérablement enlacée par les conséquences du pacte signé avec le despotisme. Semblable à un voyageur égaré dans un pays de marais, chaque pas qu'elle faisait en avant ne servait qu'à renfoncer davantage dans l'iniquité, et elle marchait haletante sous le poids de sa propre omnipotence. Je ne sache point que l'histoire ait jamais donné aux hommes un enseignement aussi utile et aussi profond !

Fendant ce temps, d'étranges et secrets préparatifs se faisaient dans l'intérieur de Sainte-Pélagie , prison assignée aux accusés parisiens. Dans la partie de la prison appelée bâtiment de la Dette^ et à peu de distance de l'escalier qui conduisait aux cabanons des détenus, il y avait un caveau faisant face à la porte de la cour, dont il n'était séparé que par un très-petit corridor. Quelques détenus,, parmi lesquels MM. Guinard, Cavaignac, Armand Marrast, avaient remarqué ce caveau ^ ils le jugent propre à une évasion, et se procurent aussitôt le moyen d'y pénétrer. Malheureusement, le regard des gardiens plongeait sans cesse dans le corridor, la porte de la cour restant ouverte IV. 27

à toute heure : on trouva dans l'organisation d'un jeu de balle des prétextes suffisamment plausibles pour la fermer au besoin, sans éveiller le soupçon. La sœur d'un détenu apporta sous sa robe les instruments qu'exigeait le percement du caveau , et les travaux commencèrent. Pour échapper au danger des indiscrétions, les premiers artisans du projet s'étaient abstenus de mettre dans la confidence le plus grand nombre de leurs camarades ^ ils s'étaient adjoint seulement Fournier, homme d'une adresse et d'une agilité singulières. Un succès inespéré couronna l'entreprise. Pendant que les uns travaillaient dans le caveau, à la lueur d'une lampe toujours près de s'éteindre, les autres faisaient sentinelle au dehors, habiles à détourner l'attention de leurs co-détenus et à déjouer par mille ruses diverses la surveillance des gardiens. Par une heureuse coïncidence, des ouvriers avaient été introduits dans la prison pour des réparations urgentes, et le bruit qu'ils faisaient servait à couvrir celui qui partait du caveau. Mais où conduisait la route qu'on se traçait ainsi au milieu des ténèbres ? On s'assura qu'elle traverserait souterrainement la prison, passerait sous le chemin de ronde, et irait s'ouvrir dans un jardin. Restait à connaître la disposition de ce jardin, ses différentes issues, le nom et les sentiments du propriétaire. On a recours à M. Armand Barbes, et celui-ci s'adresse, à son tour, à un dessinateur de ses amis en qui sa confiance était entière. Ce dessinateur avait une sœur, jeune encore. Il la fait un jour sortir de sa pension, s'achemine avec elle vers la maison du maître du jardin, et, arrivé à la porte, il demande à la jeune fille de s'évanouir. Elle n'eut garde de s'y refuser, et lui d'appeler au secours. On vient, on s'empresse; la malade est

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