CHAPITRE M
Louis-Philippe. Pour triompiierde la volontédu mouaniuc, il avait essayé de toutes les raisons; après celles (jui se puisaient dans de graves intérêts politiques, il avait invoqué celles qui se rattachaient à des idées d'honneur; il avait ra[)pelé (jue Tintervention, après tout, n'était que raccom[)lissenient d'une promesse sacrée, que l'inévitable exécution du traité de la Quadruple-Alliance, qu'une conséquence forcée de Tamitié politique qui nous unissait aux
Anglais Vains eiïorts! Il fallait céder : il parla d'offrir
sa démission.
Restait à savoir quelle serait, après un tel éclat, l'attitude des autres membres du Cabinet. Sondé par M. Mignet, M. de Broghe répondit que son opinion sur la nécessité d'intervenir en Espagne n'était point parfaitement fixée; qu'il y voyait autant d'inconvénients que d'avantages; mais — ce furent ses propres expressions, — mais que c'était au plus convaincu à l'emporter, et que, par conséquent, il suivrait M. Thiers. Pour ce qui est de M. (iuizot, il apportait dans la solution du problème plus que de Tindécision : de l'inditTérence. u On peut prendre, dit-il, Tun « ou l'autre parti. » Et, en cela, M. Guizot ne sortait pas de son caractère. Car, passionné pour la possession du pouvoir, M. Guizot envisageait froidement les idées que le pouvoir sert à réaliser. Ce qu'il aimait dans les atTaires, c'était le commandement, à la dilférence de M. Thiers, qui, dans les affaires, n'aimait que l'action.
Le Conseil s'étant rassemblé pour une décision définitive, la dissolution du Cabinet semblait imminente, lorsque M. de Broglie fit observer qu'aux termes mêmes du traité delà Quadruple-Alliance, la France n'était engagée à intervenir qu'après s'être entendue sur ce point avec les
438 HlSTiiIRE DE DIX ANS.
Puissances alliées. 11 fallait donc, suivant M. de Broglie, consulter l'Angleterre et attendre son avis.
M. Thiers ne pouvait combattre cette opinion, puisqu'elle s'appuyait réellement sur le texte du traité: mais il sentit bien que. dès ce moment, la cause soutenue par lui était perdue. Le Cabinet de Saint-James, en effet, était représenté, à Madrid, par Georges Villiers. depuis lord Clarendon. homme asservi à des habitudes d'élégance frivole, et mêlant volontiers la vie des salons à celle des affaires. Une rivalité qui n'avait rien de politique étant survenue entre Georges Villiers et M. de Toréno. membre du Cabinet de Madrid, l'ambassadeur anglais s'était détaché, presqu'à son insu, comme il arrive en pareille occurrence, du parti dont M. de Toréno était un des chefs, et les exaltés l'avaient entouré. Ses dépèches s'en ressentirent, et durent rendre naturellement plus réservés, à l'égard du ministère espagnol . les chefs du Cabinet de Saint-James, d'autant qu'il suivait avec jalousie les progrès de l'influence française à la Cour de Madrid. Cette disposition, jointe sans doute à la manière adroite dont la question d'intervention fut posée par les Tuileries, décida l'Angleterre à répondre négativement. C'est ce que Louis- Philippe avait espéré. M. Thiers était vaincu, et il ne lui restait pas même un prétexte pour offrir de nouveau sa démission, que le roi. si elle avait été isolée, aurait acceptée avec joie.
On refusa donc a l'Espagne les secours qu'elle avait demandés; mais quand la nouvelle de ce refus parvint à Madrid. M. Martinez de la Rosa n'était plus ministre, et M. de Toréno le remplaçait dans la présidence du Conseil.
Au reste, des événements intérieurs d'une douloureuse