CHAPITRE XI. t
gravité ne tardèrent pas à détourner de l'Espagne l'attention des ministres français.
Depuis quelcjne temps le roi semblait ne plus marclier qu'environné d'embûches. Quelques fanatiques avaient ouvert leur àme à de noirs projets, et diverses tentatives de complot, successivement découvertes, firent soupçonner que des poignards étaient aiguisés dans Tombre. Mais, comme les preuves n'étaient jamais suffisantes, les accusés ne faisaient que passer devant la justice, et Ton voyait s'épaissir les ténèbres autour d'un trône qu'allait désormais assiéger répouvante.
Pour ce qui est du roi, il déployait une grande sérénité. Ceux qui s'étudient à rapetisser toute chose ont prétendu que Louis-Philippe avait mis dans les calculs de sa politique l'atTectation du courage. Mais nous croyons, nous, qu'il entrait réellement dans sa nature de défier le péril. Peut-être aussi n'était-il pas sans avoir deviné que les hommes chargés de la responsabilité de ses jours enflaient systématiquement ses dangers pour mieux étabfir leur importance et faire valoir leurs services.
Toujours est-il que chaque jour apportait un nouveau sujet d'alarme. Et comment couper le mal par la racine.? Comment arrêter les coupables par la terreur du châtiment? Il aurait fallu, pour cela, ne pas étouffer les complots à leur origine, et les laisser se développer jusquau tlagrant délit. Sur ces entrefaites, M. Thiers apprit que, le roi devant aller de Neuilly à Paris, des conspirateurs avaient formé le dessein de lancer dans la voiture royale un projectile enflammé. Il prend aussitôt son parti, se rend auprès du roi, et lui demande, pour les faire monter dans la voiture, ses aides-de-camp, A cette proposition
inattendue, le roi s'étant récrié 5 k c'est leur devoir de (( s'exposer, sire,pourvotrepersonne, répondit M. Thiers : « et pourront-ils se plaindre quand ils verront le ministre « de l'intérieur à côté d'eux? » Bien que la police eût pris toutes les précautions convenables pour empêcher que la conspiration n'atteignît, en éclatant, son horrible but, l'offre de M. Thiers témoignait d'un incontestable dévoûment. Le roi mit beaucoup de noblesse à la repousser, et déclara qu'il entendait jouer lui-même cette partie. Sa résolution est en vain combattue par M. Thiers, et les préparatifs sont ordonnés. Mais, au moment du départ, la reine et les princesses se présentent tout-à-coup, éplorées, éperdues, soit qu'une habile indiscrétion les eut initiées au secret de ce qui venait de se passer, soit qu'elles n'eussent reçu d'autre avertissement que celui des instincts du cœur- la reine voulut être du voyage, et il fut impossible de la faire céder. M. Thiers, alors, eu égard aux circonstances, sollicita l'honneur de prendre place dans la voiture menacée, et l'on risqua le voyage. Il n'eut pas de suites, les conspirateurs, qui se sentaient surveillés, ayant renoncé à leur dessein • mais rien ne montre mieux à quelles angoisses la royauté en France se trouvait condamnée.
Cependant, des bruits étranges et sinistres commencent à se répandre, et en France et au dehors. L'anniversaire de la révolution de juillet approche -, et, suivant les mystérieux discours qui circulent dans le public, cet anniversaire doit être marqué par un attentat. Une lettre écrite de Berlin, le 2G juillet (1835), porte : « Le bruit court gé- « néralement ici qu'il y aura une catastrophe pendant « l'anniversaire des trois jours. » La même nouvelle a été