CHAPITRE
«( leur sera demandé ! Oh ! le bon billet de la Châtre que (( nous donne là cette Chambre prostituée ! . . . »
Dans un second article plein d'amertume et d'ironie, la Tribune accusait plusieurs députés, et entr'autres, M. Viennet, d'entretenir avec M. Cérin, caissier des fonds secrets, des relations dont Thonneur eût été moindre que le profit.
Le coup porta : la Tribune y comptait. Le lendemain même du jour où les articles avaient paru, M. Viennet les dénonçait à la Chambre. L'assemblée prit feu : une commission fut nommée, et M. Persil ayant présenté un rapport qui concluait à ce que les coupables fussent traduits à labarre de l'assemblée, le 8 avril la discussion commença. Soutenues par MM. Petit, Pa taille, de Rémusat, Dumon, Jaubert, Duvergier de Hauranne, les conclusions du rapport de M. Persil furent vivement combattues par MM. Gaétan de la Rochefoucauld , Laurence , Salverte , Gauthier de Rumilly, les généraux Bertrand et Lafayette, Touvenel, Garnier-Pagès.
Les premiers affirmaient que la Chambre se devait de ne point souffrir qu'on outrageât en elle la majesté de la nation- qu'en frappant de ses propres mains ceux qui se déclaraient si ouvertement ses ennemis , elle agissait comme corps politique, non comme autorité judiciaire ^ qu'elle avait sous les yeux l'exemple de l'Angleterre, l'exemple des États-Unis, où le parlement avait usé plus d'une fois du droit de châtier les auteurs d'écrits diffamatoires-, qu'au surplus, les lois du 23 mars 1822 et du 8 octobre 1830 rendraient l'assembléejuge des insultesqu'on faisait monter jusqu'à elle.
Les seconds répondaient par des raisons empreintes de
sagesse et de dignité. Une assemblée de législateurs devaitelle se commettre dans la mêlée des partis, au lieu de se maintenir avec calmé et sérénité au-dessus des orages de la polémique ? Que pouvait gagner un corps politique à fouler aux pieds ce principe éternel de morale qui veut que nul ne soit à la fois accusateur, juge et partie ? La Chambre serait-elle réputée plus vertueuse quand elle se serait en quelque sorte délivré à elle-même un brevet de vertu ? S'il était vrai qu'en Toutrageant on eût outragé la nation, que ne laissait-elle aux tribunaux ordinaires, àla justice du pays, le soin de punir un tel attentat? Pour faire respecter l'inviolabilité du législateur, un arrêt valait mieux, apparemment, qu'une vengeance ! Et les orateurs de la minorité rappelaient le Jot^rna/ du Commerce traîné, sous la Restauration, à la barre dune assemblée qui, en satisfaisant sa haine, n'avait fait que se dégrader^ et montrant du doigt M. Barthe, assis au banc des ministres, ils ajoutaient par un rapprochement aussi terrible qu'inattendu : (( Voilà rhomme que le Journal du Commerce eut alors (( pour défenseur ! » M. Garnier-Pagès cita ce trait du grand Frédéric, qui, apercevant du haut des fenêtres de son palais un groupe d'hommes occupés à lire une affiche où il était insulté, ordonna que Taffîche fût placée plus bas pour qu'on pût mieux la lire. Il invoqua aussi , pour prouver la puérilité de certaines vengeances, le souvenir de Shéridan, qui, condamné par le parlement anglais à faire amende honorable, et forcé de se mettre à genoux, dit en se relevant et en s'essuyant les genoux : « Je n'ai (( jamais vu de chambre aussi sale. )>
Mais il y avait parti pris de la part de la majorité, dont M. Persil, avec son àpreté ordinaire, s'était fait le cham-