CHAPITRE
pion elTorateur. (lomme il parlait, un éclat de rire se fait entendre aux extrémités de la (Uiambre « Vos rires sont «( scandaleux, » s'écrie M. Persil avec colère et l'œil iixé sur les derniers bancs de la Gauche. « Vous êtes un inso- « lent, » réplique M. Dupont (de l'Eure). Il s'élève à ces mots un elfroyable tumulte. Plusieurs députés sont debout. Le président rappelle à l'ordre Dupont (de l'Eure). Qu'on nous y rappelle tous ! s'écrient à l'envi la plupart des membres de l'Opposition. Alors, d'une voix ferme -, « Messieurs, dit Dupont (de l'Eure) , je professe la plus <( grande tolérance pour toutes les opinions, mais je ré- « clame le môme droit pour les miennes. Je déclare donc (( à M. Persil que toutes les fois que, se tournant vers u moi, il traitera de scandaleux mon rire ou mes paroles, (c quand je n'ai ni ri ni parlé, je dirai qu'il est un inso- (c lent. » Ce fut sous l'impression de ces débats violents que le scrutin s'ouvrit. Avant et après l'appel nominal, quarante-cinq membres déclarèrent qu'ils étaient résolus à se récuser ou à s'abstenir ^ De ce nombre, M. Viennet, qui avait fait l'ofTice d'accusateur, et M. Teste, contre lequel la Tribune avait dirigé de récentes et vives attaques. Deux cent cinq voix décidèrent, contre quatre-vingtdouze, que le journal serait cité à la barre de la Chambre. Il y comparut, le 16 avril, dans la personne de M. Lionne, son gérant, et de deux de ses rédacteurs : MM. Armand
' Ce furent MM. Anglade, d'Argenson, Audry de Puyraveau, Auguis, Bastide d'Isard, Davoux, Bcrard, Bertrand, Boudet, Briqueville, Chaigneau, Corcelles, Coulmann, Demarçay, Dubois-Aimé, Dulong, Dupont (de (l'Eure), Duris-Dufrcsne, Gainier-Pagès, Girardin, Havin, Joly, Laboissière, le général Lafayelte, George Lafayette, Larabit, Lenouvel, Leprévost, Levailiant, de Ludre, Laguette-Mornay, Luminais, Renouvier, Roussilhe, Senne, Tardieu, Teste, Viennet.
Marrast et Godefroi Cavaignac. La foule des spectateurs était immense. Immobiles sur leurs bancs, les députés gardaient un silence glacial et semblaient composer leurs visages. Les républicains entrèrent, le front haut, le sourire du dédain sur les lèvies. Qu'ils courussent au-devant d'une condamnation, ils ne l'ignoraient point -, mais ils trouvaient à la braver par une profession de foi pleine d'éclat, une jouissance légitime et hautaine. Un bureau avait été disposé dans l'intérieur d'une balustrade circulaire adossée aux bancs de l'extrême gauche : ce fut là que le prévenu et ses défenseurs prirent place.
M. Godefroi Gavaignac commença en ces termes : « Messieurs, nous comparaissons devant vous, mais nous- « ne vous reconnaissons pas le droit de nous juger. )> Il continua sur ce ton , comme un homme convaincu de la sainteté de sa cause et de la supériorité de ses doctrines. Une se défendit point, il attaqua ^ piessant et hardi, mais grave dans ses colères et modeste dans son audace. Il reconnut, d'abord, qu'en politique, être jugé par ses ennemis était une chance commune k tous les partis en lutte, ce qui rendait les prétentions de la Ghambre naturelles, et ce qui les aurait rendues légitimes si cette Ghambre eût véritablement représenté la souveraineté du peuple. Mais une assemblée fille du monopole, pouvait-elle avoir Tomnipotence d'une assemblée issue du suffrage de tous les citoyens! Au privilège qui les faisait représentants de •200,000 électeurs dans une nation de 33,000,000 d'hommes, les députés pouvaient-ils joindre le privilège de l'inviolabilité.^ Après tout, que reprochait-on à la Tribune ? D'avoir dit que la Ghambre laisserait construire des fortsautour de Paris, vendue et p.rostituée qu'elle était? Mais