CHAPITRE II. ftl
des fonds n'avaient-ils pas été alloués, Tainiée précédente, pour le commencement des travaux? l^reuve trop évidente de rétat de vassalité dans lequel la (Chambre vivait à l'égard du pouvoir exécutif! Car enfin, quoi de plus étrange que de voir une assemblée fournir elle-même à une autorité rivale des moyens de dictature , des instruments de tyrannie ? Des législateurs s'entourant de l'appareil des armes, consentant à siéger sous le feu de citadelles bâties à grands frais, la chose était nouvelle assurément et digne de remarque î Ils n'avaient pas compris de la sorte la liberté des délibérations parlementaires, les auteurs de toutes les constitutions antérieures à l'an viii, eux qui avaient décrit autour de la capitale un cercle qu'il n'était permis à aucun soldat de franchir, eux qui avaient assuré au pouvoir législatif la possession d'un territoire sacré où la puissance morale de la loi reposait dans toute sa force ! Après de vives attaques contre le projet d'embastiller la capitale, M. Cavaignac se mit à suivre à travers l'histoire du dix-neuvième siècle les progrès de ce système de réaction qui s'était produit : jusqu'au 18 brumaire, contre les hommes ; sous l'Empire, contre les idées ; sous la Restauration, contre les sentiments et les intérêts du peuple ; depuis, contre les garanties publiques. Le procès même intenté à la Tribune paraissait à l'orateur républicain la suite d'un vaste plan de conspiration contre-révolutionnaire, plutôt qu'un acte de vengeance provoqué par une injure. « Quoi î ce procès pour vous dans un temps où la « société est en proie à un procès, par ma foi, bien autre; « quand elle plie jusque dans son axe, quand on ne sait « à quel orbite doit aboutir ce monde dérouté î Quoi ! <( dans cette tempête qui gronde autour de vous, vous
« entendez le cri d'un journaliste ! Ces soldats retenus au- « tour de vous, quand, de Francfort à Constantinople, on « sent de quoi remuer les rois et les peuples, quand TAlle- « magne fermente sous cet esprit héréditaire qui fatigua (( Charles-Quint et ruina Napoléon ! Ainsi, l'Europe s'é- <i chauffe au retour de Tincendie que 1830 avait attisé (( dans son centre, Tesprit révolutionnaire se meut de (c nouveau contre cette loi de Sainte-Alliance qui ne peut a plus désormais exister qu'entre peuples, une étincelle (( de juillet retombe sur le foyer de la grande famille <( européenne 5 et, cependant, vous, vous jugez! Distrac- (( tion impossible, aveuglement incroyable, si Ton n'y (( cherche que celui de la passion ! iNon, vous ne ferez pas « croire que votre colère contre nous soit l'unique mobile (( de ce procès ^ non, lorsqu'il n'y a pas un sommeil qui (( ne puisse être interrompu par un courrier, vous ne (( nous persuaderez pas que vous vous endormiez à l'aide « d'une audience. Vous êtes dans une mauvaise voie, u mais vous y marchez , et ce procès termine votre ses- (( sion, parce qu'il commence ce qu'une autre doitexécu- « ter. )) Par ces paroles, on le voit, M. Cavaignac agrandissait le débat ^ il rattachait à un long et détestable complot contre les libertés publiques, ce qu'on aurait pu prendre pour un simple élan de colère de la part de quelques députés blessés dans leur orgueil ^ en un mot, de la cause de la Tribune^ il faisait celle de la nation tout entière.
Après lui, M. Marrastprit la parole, et dans un discours agressif, mordant, plein d'impétuosité, de verve, de couleur, il traça l'histoire de la corruption telle que le régime constitutionnel l'avait enfantée, telle qu'il la rendait né-