CHAPITRE 11. C
cessaire. Cette histoire, M. Marrast la résumait en ces termes : » La Chambre qui consentit aux tribunaux d'excep- « tion et aux cours prévôtales: la Chambre qui toléra les (( conspirations de police ; la Chambre qui laissa violer K la Charte impunément • la Chambre qui prodigua les « trésors de l'I^^tat aux intérêts dont elle profitait la pre- K mière ^ la Chambre qui abandonna la sûreté individuelle ( des citoyens à l'arbitraire des ministres-, la Chambre
( qui poursuivit à outrance la liberté des opinions
qu'étaient-elles Pquel nom leur donner ? La (^hambrequi accrut incessamment les traitements des fonctionnaires, ( qui les livra ensuite pieds et poings liés à l'administration-, la Chambre qui entassa emprunts sur emprunts, qui prodigua les fonds secrets, qui maintint tous les ( privilèges, qui éleva des autels aux basses passions de ( Favidité, qui encouragea l'agiotage par l'amortissement, qui fit tout graviter vers le centre impur de la ( Bourse, qui jeta honneur, dignité nationale, trésor pu- ( blic à la voirie des loups-cerviers -, toutes ces Chambres,
( messieurs prostituées! prostituées! )> S'attaquant à
la corruption du jour, « ce n'est, poursuivit M. Marrast, un secret pour personne que ces spéculations heureuses dont on a tant abusé, l'année dernière, pour les jeux de Bourse ! Tout le monde se rappelle ces nouvelles con- < nues de la veille et publiées seulement le lendemain, « après que d'importantes opérations avaient pu être consommées. La Chambre y était-elle étrangère ? Sans doute. Et pourtant, on aflichait dans l'intérieur des séances la cote des fonds, comme pendant à Tordre du *i jour ! Vos intentions doivent être excellentes, messieurs, (( et cependant, vous avez voté dans deux ans plus de
1(h HISTOIRE DE DIX ANS.
« fonds secrets que la Restauration n'en a demani( dé pendant les six dernières années. Vous êtes par- « faitement indifférents à la prime des sucres ^ et cepen- <c dant, cette prime s'est accrue, depuis 1830, de 7 « millions à 19 ^ et chose étrange, le tiers à peu près de « cette somme est partagé entre six grandes maisons, au « nombre desquelles marchent en première ligne celle de « certains membres que vous honorez de toute votre « considération, et notamment celle d'un ministre. Et u en effet, dans les ordonnances de primes pour 1832 on (( voit figurer: la maison Périer frères, pour 900,000 fr. ^ (( la maison Delessert, pour 600,000 fr. ; la maison Huu mann, pour 600,000 fr. -, la maison Fould, pour 600,000 « fr. • la maison Santerre, pour 800,000 fr. -, la maison « Durand, de Marseille, pour un million. » Après avoir ainsi accumulé faits sur faits, accusations sur accusations ; après avoir rappelé que la Tribune ne paraissait à la barre de l'assemblée que sur la dénonciation dun homme qui avait eu le courage de « vanter publiquement les bienfaits (( delà cléd'orQiles charmes des fonds secrets » , M. Marrast avait atteint le terme de sa brûlante plaidoirie^ il finit en s'écriant : « Si c'est une guerre contre la Tribime seule, (( elle est puérile ^ si c'est une guerre contre la presse, « vous y périrez. »
Malgré la réserve qu'elle s'était commandée, l'assemblée ne put se défendre d'un sourde agitation. Au moment où allait être rendu ce vote, qui était un jugement. M. Cavaignac se leva et dit : « La Chambre sait que M. Lionne est (( traduit devant elle par suite d'une fiction : plus vous « élèverez l'amende qui frappera le journal, plus vous di- « minuerez la peine de la prison , qui ne frapperait que