‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 33 sur 201 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« M. Lionne, lequel ne peut èlie considéré comme le vrai u coupable. Voici comment je voterais, et je pense que la ({ (lliambre votera ainsi : l'orte amende, faible i)i'ison. » Alors les défenseurs et le prévenu se retirèrent ^ six tables furent placées dans l'enceinte circulaire pour le dépouillement du scrutin ; et, Tappel nominal terminé, chaque membre alla déposer son vote dans Turne, au milieu dune confusion extrême. Le résultat était prévu. 204 voix sur M) A condamnèrent le gérant de la Tribune à trois ans de prison et à dix mille francs damende.

Mais la vengeance ne se fit pas attendre. Il y avait à ia CJiambre 122 députés fonctionnaires, lesquels touchaient annuellement, en traitements légaux, plus de deux millions, et cela pour des fonctions qu'ils ne pouvaient remplir, témoin M. d'Estourmel, député du Nord et ministre à la Colombie: la Tribune mit vivement en relief ce fait monstrueux et montra que les 122 députés recevaient, en traitements qu'ils ne gagnaient point, la subsistance de plus de huit mille citoyens pauvres. Le droit sur les fers, fontes et aciers, provenant des pays étrangers, avait été, pour Tannée, de 2 millions 380,000 francs, impôt énorme et désastreux levé sur l'agriculture et sur toutes les industries, pour qui le fer est un élément nécessaire de production : la Tribune affirma que cet impôt n'était maintenu que parce qu'il profitait à vingt-six députés ministériels, sans compter deux ministres, associés de M. Decazes dans l'exploitation des forges nouvelles de l'Aveyron. Laccusation monta plus haut encore. Au nom de la loi violée, au nom de l'intérêt public sacrifié à des scrupules de courtisan, le ministre des finances fut sommé de faire rentrer dans les cotfres de l'État une somme de 3 millions

503,607 francs, que, depuis trop long-temps, la liste civile devait au trésor. On rappela qu'au mépris des traditions les plus inviolables de la monarchie, Louis-Philippe, le 6 août 1830, n'avait pas craint de faire donation à ses enfants de ses biens, qu'il voulait soustraire au domaine deTÉtat, et Ton s'étonnait que le droit d'enregistrement, payable d'avance aux termes de la loi, ne se trouvât pas, après trois ans, payé d'une manière intégrale. Le souvenir de la forêt deBreteuil, vendue au roi par M. Laffitte, fut aussi évoqué, mais on dirigea contre le roi, à ce sujet, une accusation aussi injuste que mensongère: on prétendit que, pour frauder l'enregistrement, il n'avait porté qu'à 6 millions, dans l'acte de vente, ce qui en réalité lui en avait coûté 10. L'allégation était fausse^ : elle passa pour vraie dans Tesprit des hommes prévenus^ les attaques redoublèrent de vivacité, plus que jamais on parla de Kœsner, de ce vide de plusieurs millions qu'il avait laissé dans le trésor, et du mystère dans lequel on avait permis que cette honteuse aPffiire restât ensevelie 5 on se demanda s'il était possible qu'à l'insu du baron Louis, ministre des finances, M. Kœsner eût risqué l'argent de tous dans les impurs tripotages de la Bourse, et entretenu avec les agents de change des relations patentes, cyniques, journalières- on alla jusqu'à étendre, plus qu'il n'était permis de le faire ouvertement, une responsabilitéque M. Martin (du Nord) avait concentrée tout entière sur la tète de M. Kœsner, dans un rapport qui fut le commencement de sa fortune politique. Enfin, l'on fit revivre tout ce qui, depuis 1830, se liait à des manœuvres de corruption, à des scandales de cupidité. ' Nous nous sommes fait montrer l'acte de vente.

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