‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 35 sur 201 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

siasmc, des listes noinhrcniscs remplirent les colonnes des fenilles publiques; un comité se forma dans le sein de la Chambre pour recueillir les souscriptions, et Ton nomma M. Nitot trésorier. Cet élan inquiéta la Cour. Car, aux yeux des uns, M. LalTitte ruiné représentait la révolution de juillet trahie^ et, chez d'autres, le dévoùment à M. Lallitte n'était que de la haine à l'égard du roi. Dans la plupart des journaux de rOpi)osition, le mot ingratitude avait été prononcé, sans égard pour la majesté royale. Pour l'aire tomber cette accusation, les hommes du Château sadressèrent à M. Laffitte lui-même. Ils lui lirent savoir qu'ils étaient prêts à souscrire et à l'aire souscrire pour lui tous leurs amis, si, dans une lettre publique, il consentaità se déclarer entièrement étranger aux attaques dirigées contre le monarque. C'était lui demander la déclaration de ce qui était vrai. Il n'hésita point, et fit même plus qu'on n'attendait de sa loyauté. Passant noblement sous silence les grands services qu'il avait rendus au roi, pour ne parler que des services, très-controversables, que le roi lui avait rendus, il adressa aux hommes du Château une lettre dans laquelle il se reconnaissait l'obligé de Louis-Philippe. Mais, sur ces entrefaites, un député de Marseille, M. Reynard, lui ayant apporté l'article du Ga rd National^ mentionné plus haut, il retira aussitôt sa déclaration, ne voulant pas qu'on ajoutât à ses biens ce qu'on espérait enlever à son honneur. Il en résulta que la Cour ne souscrivit point. Lui, cependant, il resta debout sur les débris de sa fortune, après avoir appris, par une expérience amère, ce que gagnent à faire des rois les hommes du peuple.

Pendant que ces choses se passaient, le parlement appro-

chaii du terme de ses travaux. Il y avait dépensé une ardeur plus fastueuse que féconde. Des propositions sans, nombre avaient soulevé d'inutiles débats ; et, par leurs fréquentes collisions, les deux Chambres avaient montré combien sont embarrassés les rouages du mécanisme constitutionnel.

L'abolition du deuil anniversaire du 21 janvier avait^ surtout, donné lieu à ces sortes de tiraillements dont le scandale n'est jamais moindre que le danger. La Chambre élective ne voyait dans la fête expiatoire du 21 janviei' qu'un outrage à la nation ^ la Chambre des pairs n'y voyait qu'un hommage au principe de l'inviolabilité dés rois. Après une lutte aussi vive que prolongée, les deux pouvoirs rivaux firent sortir de leur commune impuissance une loi conçue en ces termes: « La loi du 19 janvier « 1816, relative à l'anniversaire du jour funeste et à ja- (( mais déplorable du 21 janvier 1793, est abrogée. » Loi pusillanime qui laissait dans le doute si ces législateurs inconséquents avaient entendu adopter la révolution ou la proscrire ! Placés devant l'échafaud sanglant de Louis XVI, ils n'osaient continuer la réhabilitation de la victime, et ils s'en dédommageaient en calomniant le bourreau !

11 serait aussi fastidieux qu'inutile de faire parcourir au lecteur le dédale des discussions sans issue qui remplirent les deux sessions de l'année 1 833 . Mais il importe de s'arrêter à trois décisions législatives qui eurent des conséquences graves, et où l'esprit de la bourgeoisie se montre profondément empreint.

On sait en (|uoi consiste, dans ce pays, la hiérarchie ]mlitique et administrative. Dans l'b^lat, un roi, et, à côté^

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