CHAPITRE
Les mots de loi agraire, de partage des biens, retentirent bientôt en France, du nord au midi, de l'est à l'ouest -, et, pour donner plus de soleiuiité à raceusation, M. Dupin aîné lut à Taudience de rentrée de la cour de cassation, un discours dans lequel il présentait la république comme menaçant « de mettre chaque propriétaire à la portion u congrue. »
Jamais calomnie plus téméraire n'avait été lancée contre un parti dans un langage plus grossier. Pour toute réponse , les feuilles républicaines rappelèrent en quels termes Robespierre avait développé devant la Convention la définition donnée par lui au droit de propriété :
« Je vous proposerai d'abord quelques articles néces-
(( saires pour compléter vos théories sur la propriété !
(c Que ce mot n'alarme personne-, âmes de boue, qui « n'estimez que l'or, je ne veux point toucher à vos tréu sors, quelque impure qu'en soit la source. Vous devez « savoir que cette loi agraire, dont vous avez tant parlé,
de se dire propriétaire de telle terre ou de tel capital, mais c'est la jouissance libre et garantie des revenus et des fruits de cette terre ou de ce capital. Un exemple va rendre la pensée sensible : si la loi garantissait votre droit de propriété sur une terre, mais si, en même temps, elle frappait le revenu d'un impôt qui l'absorbât, la loi ne vous garantirait qu'un droit de propriété vague et inutile, un parchemin. La propriété utile consiste donc principalement dans la jouissance et la libre disposition du revenu.
Mais jamais personne n'a mis en doute, je pense, que la société n'eût le droit de prélever une portion annuelle du revenu sous le nom d'impôt ou de contribution. Dès-lors la société ne laisse aux propriétaires, ne garantit aux propriétaires qyi'nnç, portion du revenu, c'est-à-dire, de la propriété utile.
La propriété est donc encore, même pour les partisans du droit naturel, le droit de jouir de \di portion de biens, de la /)or^iow de revenus garantie par la loi.
n'est qu'un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire l'opulence -, la chaumière de Fabricius n'a rien à envier au palais de Crassus : j'aimerais bien autant, pour mon compte, être * Tun des fils d'Aristide, élevé dans le Prytanée aux dé- ( pens de la république, que l'héritier présomptif de ' Xercès, né dans la fange des Cours, pour occuper un ( trône décoré de l'avilissement du peuple et brillant de ( la misère publique. Posons donc de bonne foi les prin- ( cipes du droit de propriété : il le faut d'autant plus c qu'il n'en est point que les vices des hommes aient
< cherché à envelopper de nuages plus épais. Demandez
< à ce marchand de chair humaine ce que c'est que la
( propriété Il vous dira, en montrant cette longue
( bière qu'il appelle un navire, où il a encaissé et serré ( des hommes qui paraissent vivants : Voilà mes pro- ( priétés ^ je les ai achetées tant par tête. Interrogez le ( gentilhomme qui avait des terres, des vassaux, et qui
( croit l'univers bouleversé depuis qu'il n'en a plus
( il vous donnera, de la propriété, des idées à peu près
< semblables. Interrogez les augustes membres de la dy- ( nastie capétienne. . ... Ils vous diront que la plus sacrée
de toutes les propriétés est sans contredit le droit héré- 1 ditaire dont ils ont joui de toute antiquité, d'opprimer.
d'avilir et de s'assurer légalement et monarchiquement ( les vingt-cinq millions d'hommes qui habitaient le ( territoire de la France, sous leur bon plaisir. »
Au reste, la définition qui, présentée sous le nom de Uobespierre, semblait si menaçante à M. Dupin, elle appartenait à Mirabeau, comme le fit très-bien observer Armand